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Lisa Dumaine

AUTRICE DE L’OMBRE ET DE LA LUMIÈRE,
DES MOTS POUR DIRE CE QUE
LE COEUR NE PEUT TAIRE

Cachet de cire avec le logo de l'écrivain

ENTRE POESIE, EMOTION ET INTROSPECTION, J’ECRIS POUR EXPLORER CE QUE LES SILENCES NE DISENT PAS. CE SITE EST MON ESPACE D’EXPRESSION : SIMPLE, SINCERE, VIVANT

GALERIE

Photo noir et blanc Lisa livre sur la tête mains qui forment un cadre
Citation Guy de Maupassant sur l'écriture
Photo noir et blanc Lisa avec un livre sur la tête et qui fait chut
Lisa qui écrit en pleine nature
Citations Albert Camus et Luigi Pirandello sur la résilience et les relations
Photo noir et blanc Lisa qui porte une livre sur la tête et qui le tient
Lisa qui écrit et qui porte un pull rayé rouge et blanc
Citation Victor Hugo Deuil
photo noir et blanc Lisa qui porte un livre sur la tête et mains sous le menton
Lisa écrit et porte un pull rouge
Citation Stephen King sur les coeurs
Photo Lisa noir et blanc livre sur la tête mains sur les joues

REVUES

Mesure de nos jours

Étrangement, c’est le troisième tome de la trilogie Auschwitz et après que j’ai préféré. Il se distingue profondément des deux précédents, tant par sa chronologie que par son approche. Là où Aucun de nous ne reviendra raconte l’expérience concentrationnaire et où Une connaissance inutile prolonge cette mémoire encore vive, Mesure de nos jours s’intéresse à l’après : le retour à la vie.

Charlotte Delbo choisit ici de s’effacer pour laisser toute leur place à ses anciennes compagnes de déportation. À travers leurs parcours, leurs difficultés et leurs silences, elle montre que la libération ne marque pas la fin de l’épreuve. Reprendre une vie « normale » devient parfois un combat aussi complexe que la survie elle-même.

J’y ai retrouvé cette écriture qui fait toute la singularité de Charlotte Delbo : une langue poétique, sensible et d’une infinie pudeur. Sans jamais céder au pathos, elle parvient à exprimer l’indicible avec une justesse bouleversante.

Mais c’est surtout la conclusion qui m’a profondément émue. Lorsqu’elle s’interroge sur l’expression « refaire sa vie », Charlotte Delbo rappelle avec une simplicité désarmante qu’une vie ne se refait pas. Elle se poursuit, marquée à jamais par ce qui a été vécu. Cette réflexion donne au livre une portée universelle et offre une conclusion d’une grande humanité à cette trilogie exceptionnelle.

Avec Mesure de nos jours, Charlotte Delbo ne raconte pas seulement le retour des déportées : elle interroge la mémoire, la reconstruction et la manière dont on continue à vivre après l’inimaginable. Une œuvre d’une grande délicatesse, qui referme admirablement l’un des témoignages les plus marquants que j’aie lus sur la déportation.

Une trilogie essentielle, dont chaque tome éclaire un aspect différent de l’expérience concentrationnaire. Si les deux premiers racontent l’horreur des camps, Mesure de nos jours montre avec une infinie délicatesse que le plus difficile est peut-être parfois de continuer à vivre.

« Rien ne viendrait à mon secours.

Crier était inutile, crier à l'aide était inutile.

Tous, dans la foule qui m'entourait, étaient pres à m'aider, étaient la pour m'aider, mais, proposaient avec leurs moyens à eux dont je savais l'inutile. »


« Combien de temps suis-je restée sur ce banc où l'on pouvait croire que je méditais ou que je me reposais? Combien de temps al-je passé à ne pas méditer, à ne pas réfléchir, à essayer de me rappeler comment on fait pour se rappeler. Me rappeler quoi? Je ne savais plus ce qu'il fallait se rappeler. »

« Comment me réhabituer à un moi qui s'était si bien détaché que je n'étais pas sûre qu'il eût jamais existé? Ma vie d'avant?

Avais-je eu une vie avant? Ma vie d'après?

Étais-je vivante pour avoir un après, pour savoir ce que c'est qu'après? Je flottais dans un présent sans réalité. »

« Petit à petit, je recouvrais la vue, l'ouie. Petit à petit, je reconnaissais les couleurs, les sons, les odeurs. Les goûts, beaucoup plus tard. »

« De quoi parlait-il, ce livre? Je ne sais pas. Je sais que c'était à côté. A côté des choses, à côté de la vie, à côté de l’essentiel, à côté de la vérité. »

« Je me suis interrogée longtemps sans trouver la réponse. Pourquoi vivre si rien n'est vrai? Pourquoi regretter de ne plus pouvoir être dupe, c'est si confortable? Je me débattais dans un dilemme insoluble. Je regardais les livres inutiles. Tout m'était inutile. Mais à quoi sert de savoir quand on ne sait plus comment vivre? »

« C'était un livre parmi tous les autres, celui qui m'a rendu tous les autres.

Il faudra que j'essaie de me rappeler. C'est si difficile que j'y renonce pour le moment Qui songe à jalonner un parcours souterrain où il se perd pendant des années avant d'ar-tiver à une flaque de lumière? Ce souterrain, il sait qu'il n'y retournera jamais, alors pourquoi chercher? »

« Mon cœur a perdu sa peine il a perdu sa raison de battre la vie m'a été rendue et je suis là devant la vie comme devant une robe qu'on ne peut plus mettre. »

« J'avais rêvé de la liberté pendant toute la déportation.

C'était cela, la liberté, cette solitude intolé-rable, cette chambre, cette fatigue? »

« Pourquoi, pendant ces trois années de captivité, avoir tendu ma volonté vers le retour?

Y avais-je cru? A cause de vous, sans doute.

Il fallait rentrer. Rentrer... De là-bas, le retour semblait si improbable. Il ne faut pas croire au miracle... Pourtant, si j'avais tenu jusque-là, c'est que j'avais eu la volonté de rentrer. C'aurait été si facile de ne pas revenir.

Il fallait rentrer. Toutes, vous disiez : « Il faut rentrer. » Et vous faisiez des projets. Moi, je ne faisais pas de projets, mais j'étais prise dans la détermination commune : rentrer. Il fallait rentrer. Pourquoi? Seule dans cette chambre, abandonnée, perdue, je ne savais plus pourquoi il avait fallu à tout prix rentrer.

«Il faudra bien que je rentre. » J'étais épou-vantée. Rentrer, et après? Je ne voyais pas l'après. Je ne voyais plus du tout quelle raison m'obligeait à rentrer. Revoir mon père... »

« Depuis... Je ne sais pas. Je ne fais rien. Si on me demandait ce qui s'est passé depuis le retour, je répondrais : rien. Je les admire celles qui ont eu le courage de se remettre à vivre après. »

« Il me semble que je ne suis pas vivante.

Tant sont mortes, il est impossible que je ne le sois pas moi aussi. Toutes sont mortes. »

« Nous avons passé les jours à compter le temps, nous avons passé le temps à compter les morts.

Nous aurions eu peur de compter les vivants. »

« Je vis sans vivre.

Je fais ce qu'il taut taire. Parce qu'il le faut, parce que les gens le font. Parce que j'ai un fils qui n'est pas encore élevé. Ne crois pas que j'aie jamais la tentation d'en finir. Il n'y a rien à finir. Je me demande comment font les autres, ceux qui sont revenus. Toi, par exemple. Comme moi sans doute. Semblant.

Ils vivent en apparence. Ils vont, ils viennent, choisissent, décident. Ils décident où aller en vacances, ils décident de quelle couleur sera le papier de la chambre. Quand nous avons dû à chaque minute décider entre vivre et mou-rir. Je fais ce qu'on fait dans la vie, mais je sais que ce n'est pas cela, la vie, parce que je sais la différence entre avant et après. »

« Était-ce qu'alors, avant, j'étais jeune et qu'après j'avais une expérience au-dessus de mon âge, et une lassitude, ou une usure? Jeune l'ai-ie été? Quand jai eu l'âge d'être jeune, c'était la guerre. Non, je n'étais pas jeune.

Sotte, naïve, oui. Exaltée. Exaltée par l'action, par la lutte, par son enjeu et par son jeu mor-tel, par sa dureté, par sa loi inexorable, quand la moindre erreur était irréparable, quand on payaıt tout de suite, exaltée jusqu'à la folie.

Tu te souviens? Je te l'ai raconté déjà. »

« Je fais semblant d'être comme tout le monde en frôlant la vie.

Le plus beau jour de ma vie... C'était le dernier jour de ma vie. »

« Je ne suis pas vivante. Je suis enfermée dans des souvenirs et des redites. Je dors mal et l'insomnie ne me pèse pas. La nuit, j'ai le droit de n'être pas vivanté. J'ai le droit de ne pas faire semblant. Je retrouve les autres. »

« Des amis... Des gens chez qui on va dîner ou jouer au bridge.

L'amitié, qu'en savent-ils? Tous leurs mots sont légers. Tous leurs mots sont faux. Comment être avec eux quand on ne porte que des mots lourds, lourds, lourds? »

« Je ne suis pas vivante. Les gens croient que les souvenirs deviennent flous, qu'ils s'effacent avec le temps, le temps auquel rien ne résiste. C'est cela, la différence; C'est que sur moi, sur nous, le temps ne passe pas. Il n’estompe rien. Il n’use rien.

Je suis morte à Auschwitz et personne ne le voit. »

« Grâce à vous, grâce aux livres, grâce à la musique, grâce à tout ce que vous m'aviez appris à connaître. »

« Elle s'est pendue l'hiver dernier. Un soir , dans sa cuisine. C'est triste, l'hiver, à la campagne. »

« Ce qu'elle a été longue, cette première année. Elle n'en finissait pas, cette première année de notre retour. »

« Avoir envie d'une choucroute un 3 juillet, c'est bien une envie d'affamés, une envie d'il y a vingt ans. »

« Il ne faut pas avoir de honte, il ne faut pas avoir de regrets, à quoi cela sert-il? »

« Que l'espoir peut être tenace!

Que l'espoir peut être désespéré! »

« - Je ne peux pas penser à vivre avec quelqu'un d'autre.

- Depuis tout ce temps?

- Depuis tout ce temps.

- Tu n'y as vraiment pas pensé?

- Je n'en ai pas eu l'intention, ou l'occa-sion. Je ne sais pas. Enfin, je n'y ai jamais songé. Au début, c'était trop près, après c'était trop tard. »

« Et si on passait du rêve à la réalité? La réalité, où est-ce? »

« Refaire sa vie, quelle expression... S'il y a une chose qu'on ne puisse refaire, une chose qu'on ne puisse recommencer, c'est bien sa vie. On pourrait effacer et recommencer...

Effacer et récrire par-dessus... Je ne vois pas comment c'est possible. Ceux qui l'ont fait, je me demande comment ils ont fait. Sur un cœur exsangue, greffer un autre cœur... Où prendre le sang pour faire battre ce cœur raccordé? A un cœur séché, redonner chaleur et mouvement... D'où tirer la chaleur? D'où le mouvement? »

« Je ne sais pas

Si vous pouvez faire encore

quelque chose de moi

Si vous avez le courage d'essayer... »

Couverture du livre Mesure de nos jours de Charlotte Delbo
Charlotte Delbo

Une connaissance inutile

Une fois encore, Charlotte Delbo ne raconte pas seulement les camps : elle leur donne une voix, un rythme, une poésie qui rendent son témoignage profondément bouleversant.


Le passage « Les Hommes » est sans doute celui qui m’a le plus marquée. J’ai trouvé la fin particulièrement forte, avec ces poèmes d’amour adressés à tous ces hommes. C’est un texte d’une grande délicatesse, qui rappelle que même au cœur de l’horreur, l’amour et les souvenirs continuent d’exister.


Dans « Le ruisseau », un passage m’a profondément frappée : celui où les déportées comptent les jours pour retrouver la date de la mort de leurs amies. Elles ne cherchent pas seulement à se souvenir d’elles, mais aussi du jour où elles les ont perdues. Se souvenir du jour de la mort devient une forme de fidélité. C’est presque un tombeau symbolique : puisqu’il n’y a souvent pas de sépulture, il reste la date, gardée en mémoire.


J’ai également beaucoup aimé « Au début nous voulions chanter ». Voir Le Misanthrope de Molière devenir presque un personnage montre toute la puissance de la littérature chez Charlotte Delbo. Les œuvres ne sont plus seulement des livres, elles deviennent une présence, un refuge.


L’Adieu m’a énormément émue. J’ignorais que Charlotte Delbo avait un mari, tant elle en parle peu auparavant. Ce texte prend alors une dimension encore plus poignante. Le parallèle avec Ondine est d’une grande beauté et apporte une profondeur supplémentaire à ce moment d’adieu.


Ce que j’admire toujours autant, c’est son style d’écriture. Charlotte Delbo utilise les répétitions avec une force remarquable. Elles donnent un rythme au texte, mais surtout elles amplifient les émotions. La phrase « Nous allons en Suède. », répétée plusieurs fois, est particulièrement marquante. À chaque reprise, elle semble porter un sens différent : l’espoir, l’incrédulité, puis la réalité.


Quant au 23, coïncidence ou non, le symbolisme de ce nombre prend un sens personnel étrange, troublant mais il est pour l’autrice comme une ancre de marine, un talisman.


Charlotte Delbo possède une écriture profondément personnelle. Elle parvient à mêler le témoignage, la poésie et la littérature avec une justesse rare. Ses mots sont simples, mais leur résonance est immense. Plus je découvre son œuvre, plus je suis convaincue que son écriture est l’une des plus puissantes que j’aie lues sur la déportation.

« J’en voulais à tous les vivants. Je n'avais pas encore trouvé au fond de moi une prière de pardon pour ceux qui vivent. »


« Alors l'une de nous s'est avancée vers le milieu du dortoir et à haute voix, s'adressant à toutes : « Les amies, puisque nous avons encore du temps avant le coucher, nous devrions lire des poèmes. » »

« Moi

le me suis révoltée

à peine si j'ai réussi

à ne pallaitter son courage

et c'était déjà trop

À un jeune homme

de laisser une femme

qui vivrait après lui. »


« Vous ne pouvez pas comprendre

vous qui n'avez pas écouté

battre le cœur

de celui qui va mourir »


« Il est mort

parce qu'il faut à une histoire d'amour

pour qu'elle soit belle

une fin tragique

La nôtre était magnifique

Pourquoi faut-il que vous l'emportiez tou-

jours

à la fin

avec vos lieux communs. »


« Ce n'est rien de mourir

en somme

quand c'est proprement

mais

dans la diarrhée

dans la boue

dans le sang

et que ça dure

que ça dure longtemps »


« Il y a des gens qui disent : « J'ai soif. » Ils entrent dans un café et ils commandent une bière. »


« Les dates? Quelles dates et quelle importance cela avait-il que ce soit vendredi ou samedi, l'anniversaire de ceci ou de cela? Les dates qu'il fallait se rappeler, c'était la mort d'Yvonne ou la mort de Suzanne, la mort de Rosette ou celle de Marcelle. »


« Aucune larme ne m'est venue. Il y a long-temps, longtemps que je n'ai plus de larmes. »


« Nous sommes parties le 23, le 23 avril. Si Mado n'était pas là pour en attester, je n'oserais pas rappeler ma prédiction. »


« C'est ce qui le faisait si beau

d'avoir choisi

choisi sa vie, choisi sa mort

et d'avoir regardé avant. »


« J'allais mourir maintenant que je savais Le Misanthrope par cœur et que je n'en aurais plus besoin. »


« Je me suis aperçu, en me déshabillant le soir, au Danemark, que j'avais oublié mon

Misanthrope. »


« La terre était belle d'être retrouvée.

Belle et déshabitée. »

« Et je suis revenue

Ainsi vous ne saviez pas,

vous,

qu'on revient de là-bas

On revient de là-bas

et même de plus loin »


« Alors vous saurez

qu'il ne faut pas parler avec la mort

C’est une connaissance inutile. »

Couverture du livre Une connaissance inutile de Charlotte Delbo
Charlotte Delbo

Aucun de nous ne reviendra

Je crois que c’est l’un de ces livres dont on ne sort pas vraiment. On tourne la dernière page, mais quelque chose reste.


J’ai beaucoup de mal à trouver les mots pour parler de cette lecture. Peut-être parce que ce livre raconte justement ce qui semble dépasser les mots. L’horreur. Il n’y a pas d’autre terme.


Pourtant, ce qui m’a le plus marquée, ce n’est pas seulement ce qui est raconté, mais la manière dont Charlotte Delbo le raconte. Son écriture est d’une poésie bouleversante. Elle est douce, sensible, presque délicate, alors qu’elle décrit l’indicible. Ce contraste est saisissant. Chaque phrase semble pesée, chaque silence a son importance.


J’ai également beaucoup aimé son style d’écriture. Charlotte Delbo utilise énormément la répétition. On entend souvent qu’il faut éviter les répétitions lorsqu’on écrit. Ici, c’est tout l’inverse. Elles deviennent une véritable force. Elles donnent du rythme au texte, elles insistent, elles martèlent certaines images, certains sentiments. Elles traduisent aussi l’impossibilité d’oublier. J’ai trouvé ce choix d’écriture extrêmement fort, parce qu’il participe pleinement à l’émotion du récit.


Certains passages m’ont profondément marquée, bien plus que d’autres, et je sais qu’ils me reviendront en mémoire longtemps.


Dans « Le Jour », Charlotte Delbo répète sans cesse « ces pieds » : « … ces pieds qui avancent… ces pieds que vous évitez… ces pieds qui précèdent toujours les vôtres… ces pieds qui vous fascinent… ces pieds qui traînent ou qui butent… ces pieds torturés… » Cette répétition devient presque hypnotique. À force de revenir, ces mots finissent par incarner l’épuisement, l’obsession et la déshumanisation.


Dans « Le Commandant », nous avons d’abord l’impression d’assister à une scène presque joyeuse, où deux jeunes frères jouent ensemble. Mais très vite, on sent — ou plutôt on devine — l’horreur qui approche. Ils jouent au soldat et au prisonnier. L’aîné menace, en jouant, son petit frère de finir dans un four crématoire. Ce sont les enfants d’un officier allemand. Ils vivent juste à côté du camp, juste à côté des fours, dans un beau jardin entouré de roses. Ce passage est extrêmement cinématographique. Tout est visuel. Et c’est précisément ce contraste entre l’innocence apparente et la réalité qui le rend si saisissant.


Le chapitre consacré à l’orchestre est, lui aussi, effroyable. Comment l’art et la musique, parmi les plus belles créations de l’humanité, peuvent-ils devenir les instruments d’une telle horreur ? Les prisonnières avancent au rythme d’une marche joyeuse ou d’une valse. Comme l’écrit si justement Charlotte Delbo : « Les entendre là était intolérable. » Cette phrase résume à elle seule toute l’absurdité et toute la violence de cette mise en scène.


Et puis c’est aussi faire des projets sur Après. Le Après qui ne viendra jamais. Le Après dont personne ne croit. Que plus personne n’espère. Et là où personne n’ira jamais… jamais vraiment.


Charlotte Delbo ne cherche jamais à provoquer le lecteur. Elle ne dramatise pas. Elle montre simplement. Et c’est peut-être cela qui rend son témoignage si puissant. Elle nous laisse face à une réalité que l’on préférerait croire impossible.


Le titre, Aucun de nous ne reviendra, résonne longtemps après la lecture. Bien sûr, il évoque celles qui ne sont jamais revenues des camps. Mais j’y vois aussi une autre vérité : celles qui ont survécu ne sont jamais revenues tout à fait non plus. Comment pourrait-on revenir après avoir traversé une telle horreur ? On survit, mais une partie de soi demeure là-bas.


Ce livre est bien plus qu’un témoignage historique. C’est un texte de mémoire. Un texte qui redonne un visage, une voix et une humanité à toutes celles que les camps ont voulu effacer.


Il existe des livres que l’on apprécie. D’autres que l’on admire. Et puis il y a ceux qui nous imposent le silence une fois refermés. Aucun de nous ne reviendra appartient à cette dernière catégorie

Je ne dirais pas que j’ai aimé cette lecture. Ce serait un mot qui ne convient pas. En revanche, je peux dire qu’elle m’a profondément bouleversée. C’est un livre d’une force immense, porté par une écriture d’une grande sensibilité. Un livre qu’il faudrait lire au moins une fois, non seulement pour comprendre une part de notre histoire, mais surtout pour ne jamais oublier les femmes et les hommes qui l’ont traversée.

« Il y a des gens qui arrivent et il y a des gens qui partent.


Mais il est une gare où ceux-là qui arrivent sont justement ceux-là qui partent une gare où ceux qui arrivent ne sont jamais arrivés, où ceux qui sont partis ne sont jamais revenus.

c'est la plus grande gare du monde. »


« Et quand ils arrivent

ils croient qu'ils sont arrivés

en enfer »


« Ils ne savent pas qu'à cette gare-là on n'arrive pas. »

« Saviez-vous que la souffrance n'a pas de limite l'horreur pas de frontière

Le saviez-vous

Vous qui savez. »

« La cheminée fume. Le ciel est bas. La fumée traîne sur le camp et pèse et nous enveloppe et c'est l'odeur de la chair qui brûle. »

« L'idée de fuir ne venait à personne. Il faut être fort pour vouloir s'évader. Il faut savoir compter sur tous ses muscles et sur tous ses sens. Personne ne songeait à fuir. »

« Et chaque morte est aussi légère et aussi lourde que les ombres de la nuit, légère tant elle est décharnée et lourde d'une somme de souffrances que personne ne partagera jamais. »

« Essayez de regarder. Essayez pour voir. »

« Et qu'importe? Puisque aucun d'eux ne doit revenir. Puisque aucun de nous ne re-viendra. »

« Aucune ne croit plus au retour quand elle est seule. »

« Ne regardez pas l'orchestre qui joue « La Veuve joyeuse». »

« Ma mémoire est plus exsangue qu'une feuille d'automne

Ma mémoire a oublié la rosée

Ma mémoire a perdu sa sève. Ma mémoire a perdu tout son sang.

C'est alors que le cœur doit s'arrêter de battre - s'arrêter de battre — de battre. »

« Loin au-delà des barbelés, le printemps chante.

Ses yeux se sont vidés

Et nous avons perdu la mémoire.

Aucun de nous ne reviendra. »

Couverture du livre Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo
Charlotte Delbo

Les Années

Les vingt premières pages sont incroyables. Cette liste de tout ce qui disparaîtra un jour : les petites choses, les objets, les habitudes, les souvenirs… C’est effroyable et en même temps tellement juste.

On avance dans le livre comme dans un film. Les références à la vie quotidienne, à la politique, à l’Histoire s’enchaînent, tandis que cette femme grandit, mûrit, vieillit. Elle se met à distance. Elle est comme derrière un appareil photo ou une caméra et nous montre, nous décrit ce qu’elle voit.

Mais elle ne fait pas que décrire. Elle cherche à comprendre. À comprendre cette femme qui se dévoile à travers des photos, des mots, des films.

De tout ce que j’ai lu d’Annie Ernaux, Les Années est celui que j’ai préféré. J’aime profondément son style d’écriture, cette manière qu’elle a de raconter, de dévoiler, de laisser apparaître une vie entière à travers des détails simples. En tant que femme, beaucoup de choses résonnent en moi.

Ce que j’aime profondément chez Annie Ernaux, c’est qu’elle écrit avec une immense justesse. Elle ne cherche pas à en faire de trop, ni à faire mentir ses souvenirs. On sent une réelle sincérité dans ce qu’elle écrit et partage. Elle parle librement, simplement, mais toujours avec justesse. Et c’est tout ce qui me touche.

Dans Les Années, j’ai retrouvé des morceaux de ce que j’avais déjà aimé dans mes lectures précédentes comme La Place, Passion simple ou encore Mémoire de fille. Des phrases simples, parfois presque sobres, mais qui frappent juste et restent longtemps en tête.

Plus qu’un récit, Les Années est une réflexion sur le temps qui passe, sur la mémoire, sur tout ce qui disparaît sans qu’on s’en rende compte.

« Toutes les images disparaîtront. »

« les images réelles ou imaginaires, celles qui suivent jusque dans le sommeil

les images d'un moment baignées d'une lumière qui n'appartient qu'à elles

Elles s'évanouiront toutes d'un seul coup comme l'ont fait les millions d'images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle, des parents morts eux aussi. Des images où l'on figurait en gamine au milieu d'autres êtres déjà disparus avant qu'on soit né, de même que dans notre mémoire sont présents nos enfants petits aux côtés de nos parents et de nos camarades d'école.

Et l'on sera un jour dans le souvenir de nos enfants au milieu de petits-enfants et de gens qui ne sont pas encore nés. Comme le désir sexuel, la mémoire ne s'arrête jamais.

Elle apparie les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, le rêve à l'histoire.»


« qu'est-ce que le mariage ? Un con promis »

« Tout s'effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s'éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je ni moi. La langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d'une table de fête on ne sera qu'un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu'à disparaître dans la masse anonyme d'une lointaine génération. »

« La mémoire des autres leur refilait une nostalgie secrète pour cette époque qu'ils avaient manquée de si peu et l'espérance de la vivre un jour. »

« L'avenir est trop immense pour qu'elle l'imagine, il arrivera, c'est tout. »

« La distance qui sépare le passé du présent se mesure peut-être à la lumière répandue sur le sol entre les ombres, glissant sur les visages, dessinant les plis d'une robe, à la clarté crépusculaire, quelle que soit l'heure de la pose, d'une photo en noir et blanc. »

« Elle ne se sent nulle part, seulement dans le savoir et la littérature. »

« Son corps est jeune et sa pensée vieille. »

« Entre ce qui arrive dans le monde et ce qui lui arrive à elle, aucun point d'intersection, deux séries parallèles, l'une, abstraite, toute en informations aussitôt oubliées que perçues, l'autre en plans fixes. »

« Tout le monde se réclamait d'une activité artistique ou projetait d'en avoir. Il était convenu que, d'une façon ou d'une autre, toures se valaient et, à défaut de peindre ou de jouer de la flûte traversière, il restait la possibilité de se créer, soi, en faisant une psychanalyse. »

« Le temps des enfants remplaçait le temps des morts. »

« Il lui semble qu'un livre s'écrit tout seul derrière elle, juste en vivant, mais il n'y a rien. »

« Il fallait que la merde et la mort soient invisibles. »

« Quand on roulait longtemps seul à la même vitesse, l'automatisme de gestes sus depuis longtemps faisait perdre la sensation de son corps, comme si la voiture se conduisait toute seule. Les vallons et les plaines glissaient dans un mouvement ample, arrondi. On n'était plus qu'un regard dans un habitacle transparent jusqu'au fond de l'horizon mouvant, qu'une conscience immense et fragile emplissant l'espace et, au-delà, la totalité du monde. On se disait parfois qu'il aurait suffi d'un pneu qui éclate, d'un obstacle comme dans Les Choses de la vie, pour qu'elle disparaisse à jamais. »

« Son souci principal est le choix entre « je » et « elle ». Il y a dans le « je » trop de permanence, quelque chose de rétréci et d'étouffant, dans le « elle » trop d'extériorité, d'éloignement. »

« Aucun « je» dans ce qu'elle voit comme une sorte d'autobiographie impersonnelle mais « on » et « nous »  comme si, à son tour, elle faisait le récit des jours d'avant. »

« Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais. »

Couverture du livre Les Années de Annie Ernaux
Annie Ernaux

L’opulence de la nuit

C’est un recueil de poèmes courts, très puissant, à l’écriture forte, parfois incisive, mais toujours d’une grande justesse. À travers Hiver, Bribes, Je t’ai cherchée, Sur les collines, Notules, L’Opulence de la nuit, Te rejoindre, Éclats, Lumière d’avant-printemps, À l’intime du silence, Images d’enfance et Vers l’oasis, l’auteur se livre, s’interroge et se dévoile.


Il s’approprie les mots, joue avec eux, les interroge. On sent que l’écriture est pour lui un instrument nécessaire, presque vital, une arme pour mener ses combats intérieurs. Des thèmes reviennent tout au long du recueil : la peur, l’errance, l’introspection, l’intime, la solitude, la mémoire, mais surtout la recherche. La recherche de soi, de l’autre, d’un apaisement.


L’œil revient souvent. L’œil intérieur. La perception de soi. L’exploration de cet œil qui voit au-delà du regard. Et puis il y a le murmure. Le murmure du poème, celui des mots, celui du silence.


On retrouve aussi un jeu permanent entre la lumière et l’obscurité, le jour et la nuit. La nuit revient souvent, habitée de silence, de murmures, de réflexion. Elle n’est jamais vide, elle est au contraire pleine de quelque chose.


Simplicité et concision sont sans doute les mots qui définissent le mieux cette écriture. Une écriture fragmentée, poétique, où chaque texte semble dire beaucoup avec très peu.


J’ai particulièrement apprécié Te rejoindre, pour tout ce qu’il aborde et tout ce que j’y ai ressenti. C’est certainement la partie qui m’a le plus touchée.


Charles Juliet nous parle aussi des mots. Il s’interroge sur eux, sur leur nécessité, sur leur pouvoir. Il puise en lui grâce à eux, comme si écrire lui permettait d’avancer un peu plus dans sa quête.


Il évoque également ses deux mères, dont l’une est longtemps restée inconnue. Une figure essentielle, source de manque, d’absence et de recherche, qui traverse le recueil avec beaucoup de pudeur.


Enfin, le titre est emprunté à l’un des poèmes du recueil. Une belle manière de résumer cette œuvre où la nuit, loin d’être seulement obscure, devient un espace d’introspection, de silence et de richesse intérieure.

« Avant de me donner

des fondations

J’ai dû

me déraciner »


« La neige

a recouvert tes pas


Bientôt le temps

effacera les traces

de ton passage »


« C'est à son œil

qu'il a confié

sa passion

de la connaissance »


« Il écrivait pour consoler

cet enfant qui vit en lui »

« chaque soir

cette angoisse

quand le soleil

sombre »

« D'où viennent

ces mots qui vagissent

dans mon silence »

Couverture du livre L’opulence de la nuit de Charles Juliet
Charles Juliet

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Shishi_974

L’éclat de bonheur

Le soleil, roi brûlant du ciel de juillet,

Inonde de lumière les champs de blé.

L'air vibre, lourd, d'un silence étouffé,

Où la poussière danse, sans murmure, enivrée.


La terre boit, craquelée et dorée,

Sous le poids des rayons qui percent les volets.

Le vent, un souffle chaud, comme une caressée,

Murmure aux feuilles mortes des secrets d'été.


On fuit la chaleur sous l'ombre et la fraîcheur,

Dans ce calme doré, source de bonheur.

La nuit vient, apportant sa douce tiédeur,

Cette chaleur intense, pleine d'ardeur,

2
Étoile*d’hiver

Chaleur d’été

La chaleur d’été reste longtemps bercer nos migraines.

Elle donne envie de pluie alors qu’en hiver on l’a tant espérée.

La chaleur d’été assèche alors qu’elle est humide.

On la repousse avec des éventails aux jolis motifs.

C’est parce que la chaleur nous frappe que nous ripostons avec de la pastèque et des pêches.

Elle incite à aller à la plage et à se noyer d’eau.

La chaleur d’été nous épuise rien qu’à son odeur.

Le matin, elle nous réveille brusquement et nous guide vers un sommeil lourd de braises.

Elle enflamme nos étés pour nous faire suffoquer dans l’air chaud.

3
Soleil d’encre

Soleil au zénith

Midi.
Le ciel ne respire plus.
Les pierres gardent le feu,
les arbres se taisent,
et le chant obstiné des cigales
remplit tout l’espace.

4
Nina C.

Le souffle de juillet

Le soleil embrase les chemins,

Les blés s’inclinent sous ses mains.

L’air danse au-dessus des moissons,

L’été murmure ses chansons.

Le ciel ne connaît plus les nuages,
Le vent s’endort au fond des prés.
Même les ombres cherchent un rivage,
Pour oublier la chaleur de l’été.

Les cigales cousent le silence,
La lumière tremble dans les champs.
Le monde retient sa cadence,
Sous le soleil brûlant du temps.

5
Antoine

Août

La route ondule au loin,
comme un ruban de lumière.

Une goutte glisse
le long d’un front fatigué.

Puis le soir arrive enfin,
avec son souffle plus frais,
et le soleil, avant de disparaître,
embrase une dernière fois l’horizon.

MERCI AUX 27 PARTICIPANTS, MêME SI VOUS N’êTES PAS DANS LE CLASSEMENT, J’AI ADORé LIRE VOS EXCELLENTS TRAVAUX SUR LE THEME :  LA CHALEUR DE L’ETE

Lisa qui tient un ouvrage entre ses main
Lisa qui tient un ouvrage entre ses main
Lisa qui tient un ouvrage entre ses main

LISA, C'EST MOI !

Lisa est triste et secrète

Elle pleure seule dans le noir

Personne ne peut la voir

La pluie coule, ses yeux sont des fenêtres

Comme dans la chanson de Cat Stevens

Lisa est double, Lisa est trouble

Elle s’enfuie de ses rêves

Elle est forte mais frêle

Elle cache le bonheur dans un cri, s’oublie et se retrouve

Comme dans la chanson de Jeanne Mas

Lisa aime et n’aime pas

Dans ses yeux, tu y lisais ta vie autrefois

Tu existes un peu moins, semaine après mois

Sans ces yeux là , tu ne te vois pas

Comme dans la chanson de Goldman

Lisa rêve de partir, de vivre ailleurs

Tu peux imaginer le son de sa voix

Mais un jour c’est certain elle s’envolera

Elle regarde les oiseaux, s’accroche à leurs ailes

Comme dans la chanson de Francis Cabrel

Lisa veut la paix, faire ce qu’il lui plaît

Elle promet que tout ira bien demain

Il lui disait : « ne me promet pas, ne me promet rien »

Elle a un secret, elle croit que l’amour ne meurt jamais

Comme dans la chanson de Daniel Lavoie

Lisa s’égare, se fait du mal

Vole trop près du soleil, comme Icare

Lisa se fait du mal, elle ne s’aime pas

On l’observe mais on ne la voit pas

Comme dans la chanson de Dinaa

Lisa est triste, secrète, double et trouble.

Lisa aime et n’aime pas, rêve de partir de vivre ailleurs

Lisa veut la paix, faire ce qui lui plaît mais s’égare et se fait du mal

Lisa c’est moi, je suis toutes ces Lisa.