Lisa Dumaine
AUTRICE DE L’OMBRE ET DE LA LUMIÈRE,
DES MOTS POUR DIRE CE QUE
LE COEUR NE PEUT TAIRE

ENTRE POESIE, EMOTION ET INTROSPECTION, J’ECRIS POUR EXPLORER CE QUE LES SILENCES NE DISENT PAS. CE SITE EST MON ESPACE D’EXPRESSION : SIMPLE, SINCERE, VIVANT
GALERIE












REVUES
Vers la beauté
J’ai acheté ce livre un peu au hasard. Après La Délicatesse, j’avais envie d’aller plus loin dans l’univers de David Foenkinos.
Vers la beauté parle d’art. Mais pas seulement. C’est un roman sur le chagrin, la culpabilité, la dépression, le drame… et sur le silence, surtout le silence. Il révèle comment l’art peut, parfois, réparer ce qui semble irrémédiablement brisé.
Le personnage principal, Antoine Duris — qui n’a rien à voir avec l’acteur du même nom — est à la fois mystérieux et profondément touchant. Professeur d’histoire de l’art émérite, il décide un jour, sans prévenir, de quitter tout pour devenir simple gardien de salle au musée d’Orsay. Mathilde Mattel, la DRH, s’interroge sur ce comportement étrange et surprenant… et puis il y a Charlotte, douce Charlotte. Une véritable artiste, lumineuse et fragile.
J’ai lu ce livre sans pouvoir m’arrêter. J’ai senti les larmes monter… sans prévenir.
Un roman magnifique et bouleversant, qui parle avec justesse de l’art, de la beauté, de la mort et de la vie. Car tout est lié…
« La beauté demeure le meilleur recours contre l'incertitude. »
« Les humains dans la souffrance forment deux camps. Ceux qui résistent par le corps, et ceux qui résistent par l'esprit. C'est l'un ou l'autre, rarement les deux. »
« Il avait lu un article sur des Japonais qui quittaient leur vie ainsi, du jour au lendemain. On les appelait des évaporés. Ce mot magnifique cachait presque la tragédie de la situation. Il s'agissait souvent d'hommes ayant perdu leur travail, et ne pouvant pas assumer leur déchéance sociale dans une société basée sur l'apparence. Plutôt fuir et devenir clochard que d'affronter le regard d'une femme, d'une famille, de voisins. »
« La curiosité délimite le monde des vivants et celui des ombres. »
« Le merveilleux demeurait la meilleure arme contre la fragilité. »
« Les ruptures existent longtemps avant le matin où l'on se dit: c'est fini. »
« On aime ce qui est aimé par ceux qu'on aime. »
« L'absurde est toujours voisin du désir. »
« C'est peut-être la définition d'une véritable affinité : ne pas se sentir obligé d'encombrer le vide. »
« Parfois l'apparition de ce que l'on a longtemps espéré transforme le silence en vacarme »
« Elle avait eu besoin de se perdre, de regarder la mort en face, peut-être, pour pouvoir vivre à nouveau. »
« Elle comprenait la puissance cicatrisante de la beauté. Face à un tableau, nous ne sommes pas jugés, l'échange est pur, l'œuvre semble comprendre notre douleur et nous console par le silence, elle demeure dans une éternité fixe et rassurante, son seul but est de vous combler par les ondes du beau. »
« Nous sommes un sujet, et subitement on ne veut plus de vous. Le hors-sujet, c'est la mort. »
« On survole si vite les drames. »
« La vérité était tout autre. Son corps brûlait à l'intérieur. Seule la beauté pouvait le sauver. »
« Tout paraissait si compliqué, choisir sa place entre les erreurs et l'horreur, choisir de mourir ou de survivre, les errances se croisaient. »

Les Nuits blanches
J’ai commencé par lire Le Rêve d’un homme ridicule, puis La Douce. En lisant ensuite Les Nuits blanches, j’ai été frappée par les profondes similitudes entre les personnages principaux de ces trois récits.
Il y a toujours un homme : Un homme rêveur, un homme qui aime et qui désespère mais surtout un homme solitaire.
La solitude est au cœur de ce récit. Ici, le personnage principal est un rêveur, un mélancolique, un homme triste, presque en retrait du monde, mais profondément bon et noble. Un homme qui semble incapable de vivre autrement que dans ses pensées, ses idées. Il aime d’un amour absolu, silencieux, total. Il est prêt à tout pour aider une jeune femme qui occupe toutes ses pensées et tout son cœur.
Mais cette femme en aime un autre.
Et c’est là tout le drame.
Chez Dostoïevski, l’amour n’est jamais simple ni léger. Il est sacrifice, attente, renoncement.
Dans Les Nuits blanches, l’homme accepte d’être un refuge temporaire, une présence rassurante, un soutien, tout en sachant qu’il sera abandonné. Mais il aime et espère…Il aide celle qu’il aime à retrouver l’autre, préférant sa joie à elle à son propre bonheur.
C’est une douleur silencieuse, presque digne, qui rend le récit bouleversant.
On retrouve dans ces trois textes une même figure masculine : un homme trop intérieur pour le monde réel, trop pur peut-être, condamné à aimer plus qu’il n’est aimé. Un homme qui rêve sa vie plus qu’il ne la vit, et qui trouve dans la nuit, la solitude et l’amour impossible.
J’ai trouvé cette œuvre tout simplement sublime.
Dostoïevski a ce talent rare de dire l’indicible, de mettre des mots sur la solitude, l’attente, l’amour à sens unique.
Tout est retenu, fragile, profondément humain.
Un texte d’une grande douceur, d’une grande tristesse aussi, qui parle à ceux qui aiment trop, en silence.
À la fin de l’ouvrage, une lecture de Michel Del Castillo vient éclairer l’univers de Dostoïevski. J’ai trouvé ce texte vraiment très intéressant. Il permet de mieux comprendre la vie de l’auteur, ses tourments, son rapport à la nuit, au rêve, à la marginalité, et donne une profondeur supplémentaire à Les Nuits blanches : un texte d’une grande douceur, d’une grande tristesse aussi, qui parle à ceux qui aiment trop, en silence.
« Le ciel était si étoilé, le ciel était si clair que lorsque vous leviez les yeux vers lui, vous ne pouviez, sans même le vouloir, que vous demander : Est-il possible que, sous un ciel pareil, vivent toutes sortes de gens méchants et capricieux ? »
« Ce n'est donc que ce matin que j'ai fini par comprendre ce qui se passait. Mais oui!
Ils m'abandonnent tous, ils filent au vert. Pardonnez-moi cette expression triviale, j'ai d'autres soucis que le beau style... »
« Et néanmoins ma nuit fut plus belle que le jour ! »
« Je marchais et chantais, car, quand je suis heureux, je marmonne toujours je ne sais quoi en moi-même, comme tout homme heureux qui n'a ni amis ni relations et qui, en cet instant de joie, ne peut la partager avec personne. »
« Mais, attention, il y a une condition pour que vous reveniez : d'abord (seulement, je vous en prie, faites ce que je vous demande - vous voyez, je suis franche), ne tombez pas amoureux de moi... C'est impossible, je vous assure. Pour l'amitié, je suis toute prête, voici ma main... Mais tomber amoureux - inter-dit, c'est un ordre ! »
« Le rêveur - s'il vous en faut une définition exacte - n'est pas un être humain, il est plutôt un être du genre neutre. »
« Ecoutez : vous êtes un conteur magnifique, mais ne serait-il pas possible de raconter d'une façon moins magnifique? C'est que vous parlez comme dans un livre. »
« Pourquoi donc - dites-le-moi, Nastenka -, pourquoi donc en de pareilles minutes, le cœur se serre. t-il ? pourquoi, par une espèce de magie, par la lubie d'une force qui nous reste inconnue, les larmes jaillissent-elles des yeux de ce rêveur, ses joues pâles et mouillées se mettent-elles à brüler et toute son existence se remplit-elle d'une joie si incontrôlable ? Pourquoi de longues nuits d'insomnie s'effacent-elles comme un seul instant, dans une joie, dans un bonheur infinis, cependant qu'au moment où le rayon rose de l'aurore vient frapper sa fenêtre et où l'aube éclaire sa chambre renfrognée d'une lumière douteuse et fantastique, comme chez nous, à Petersbourg, notre rêveur, fatigué, épuisé, se jette sur son lit et s'endort dans les derniers frémissements d'exaltation de son esprit maladivement bouleversé, enfin, pourquoi le fait-il avec une douleur si languissante, si douce au fond de l'âme ? Oui, Nastenka, n'importe qui s'abuserait et commencerait à croire que c'est une passion véritable, réelle, qui vous trouble le cœur, croirait, même sans le vouloir, qu'il y a quelque chose de vivant, de tangible, dans ces rêves sans chair ! »
« Savez-vous que vous m'avez, et pour longtemps, réconcilié avec moi-même? Savez-vous que, dorénavant, je ne penserai plas autant de mal de moi, comme cela m'arrivait de le faire ? Savez-vous que, peut-tre, je cesserai de souffrir d'avoir counis un crime, un péché dans ma vie, parce qu'une vie comme la mienne est un crime, un péché ? »
« Parce que je commence à croire dans ces minutes que je ne serai jamais capable de commencer à vite une vraie vie ; parce qu'il me semble déjà que j'ai perdu sout sens du tact, toute sensation du réel, du présent ; parce que, pour finir, après le fantastique de mes nuits, je suis assailli par des minutes de réveil, des minutes effrayantes ! »
« Et cependant, l'âme exige, elle veut quelque chose d'autre ! C'est en vain que le rêveur fouille, comme la cendre, ses rêves anciens, cherchant dans cette cendre ne fût-ce qu'une braise, pour lui souffler dessus et, par un feu renouvelé, réchauffer un cœur qui s'éteint, ressusciter en lui ce qui lui fut si cher, ce qui l'émouvait tant, ce qui faisait bouillir son sang, lui arrachait des larmes et l'abusait si somptueusement ! »
« Que de souvenirs partout ! Je me souviens, par exemple, qu'il y a juste un an, ici. Exactement à cette époque, j'errais, à la même heure, sur ce même trottoir, aussi seul, aussi morne qu'aujourd’hui ! Et je me souviens aussi que mes rêves me semblaient aussi tristes et, même si, avant, je ne me sentais pas mieux, je crois pourtant, je ne sais pourquoi, que la vie me paraissait plus facile, plus apaisée, j'ignorais cette noire pensée qui s'attache à moi en ce moment ; j’ignorais ces remords, ces remords sombres, lugubres, qui ne laissent pas de repos, ni le jour ni la nuit. »
« Et vous vous demandez encore : Qu'as-tu donc fait de tes années ? Où as-tu enterré la meilleure part de toi ? As-tu vécu ou non ? Attention, vous dites-vous, attention, tout sur terre s'éteint. Les années passeront, elles seront suivies par une solitude lugubre, et la vieillesse branlante avec sa canne, la souffrance et l'ennui. Ton monde fantastique pâlira, tes rêves mourront, se faneront, ils tomberont comme les feuilles jaunes de l'automne... »
« C’est vrai qu’il nous arrive de remercier des gens simplement parce qu’ils vivent avec nous. Moi, je vous remercie parce que nous nous sommes rencontrés, parce que je me souviendrai de vous toute ma vie ! »
« Ainsi, quand nous sommes malheureux, nous sentons mieux le malheur de nos semblables; le sentiment ne se disperse pas, il se concentre... »
« Oh que les gens heureux peuvent être insupportables ! »
« Mon Dieu ! Une pleine minute de béatitude ! N'est-ce pas assez pour toute une vie d'homme ?... »

Arsène Lupin, gentleman cambrioleur & Les Confidences d’Arsène Lupin
Arsène Lupin, gentleman cambrioleur et Les Confidences d’Arsène Lupin laissent ce mélange rare de plaisir littéraire et d’écho intime.
Il y a d’abord la fierté douce et presque affective de lire un auteur normand.
Maurice Leblanc écrit avec cette élégance un peu hors du temps, ce goût du panache, de l’ironie fine et du mystère qui donnent à ses récits une atmosphère délicieusement rétro et profondément romanesque.
Ces livres ont d’ailleurs une résonance toute particulière lorsqu’on les a achetés au musée Maurice Leblanc, à Étretat, sur cette terre normande qui a vu naître l’univers de Lupin.
La lecture prend alors une autre saveur, comme si le réel et la fiction se répondaient.
Mais surtout, il y a Arsène Lupin.
Un personnage ambivalent, paradoxal, et pourtant terriblement attachant.
Rusé, malin, brillant stratège, d’une intelligence redoutable… et en même temps sensible, secret, parfois mélancolique, presque blessé derrière son masque de charmeur et de joueur.
Dans Gentleman cambrioleur, on découvre un Lupin flamboyant, joueur, insolent, qui se délecte de ses propres ruses et de ses déguisements.
Dans Les Confidences, il devient plus intérieur, plus grave, plus humain.
On y perçoit ses désillusions, ses failles, son code d’honneur, sa solitude choisie.
Et c’est précisément là que quelque chose fait écho en moi.
Ce double visage.
Ce masque lumineux qui cache une profondeur plus fragile.
Cette intelligence stratégique mêlée à une sensibilité silencieuse.
Cette élégance face au monde, et ce retrait intérieur face aux blessures.
Arsène Lupin n’est pas seulement un voleur génial.
C’est un personnage profondément romanesque, presque tragique, qui séduit autant par son esprit que par ses failles.
On s’attache à lui non pas malgré ses contradictions, mais à cause d’elles.
Ces deux livres offrent un vrai moment de littérature :
du plaisir, du mystère, de la nostalgie, et cette impression rare de rencontrer un personnage qui, à sa manière, vous ressemble un peu.
Une lecture que je recommande sincèrement, autant pour l’élégance de l’écriture que pour la richesse émotionnelle de ce héros hors norme.
« Maintenant, s'exclama Lupin, je vais me reposer, suivre un régime de suralimentation et peu à peu redevenir moi. C'est très bien d'être Baudru ou tel autre, de changer de personnalité comme de chemise et de choisir son apparence, sa voix, son regard, son écriture. Mais il arrive que l'on ne s'y reconnaît plus dans tout cela et que c'est fort triste.
Actuellement j'éprouve ce que devait éprouver l'homme qui a perdu son ombre. Je vais me rechercher... et me retrouver »
« Alors le temps s'écoula, le temps morne des soirées d'hiver où les voitures interrompent seules le silence de la rue. La pendule sonnait, implacable. Dans le demi-sommeil qui l'engourdissait, la jeune femme en comptait les tintements. Elle percevait aussi certains bruits à différents étages de la maison, et savait de la sorte que son mari avait dîné, qu'il montait jusqu'à sa chambre et redescendait dans son cabinet de travail.
Mais tout cela lui semblait très vague, et sa torpeur était telle qu'elle ne songeait même pas à s'étendre sur le divan, pour le cas où il entrerait... »
« Elle aperçut Lupin et le salua.
- C'est elle, murmura-t-il, c'est elle avec son fils.
- Elle vous a donc reconnu?
-Elle me reconnaît toujours, quel que soit mon déguisement.
- Mais, depuis le cambriolage du château de Thibermesnil, la police a identifié les deux noms de Lupin et d'Horace Velmont.
- Oui.
- Elle sait par conséquent qui vous êtes?
- Oui.
- Et elle vous salue? m'écriai-je malgré moi.
Il m'empoigna le bras, et, violemment:
- Croyez-vous donc que je sois Lupin pour elle? Croyez-vous que je sois à ses yeux un cambrioleur, un escroc, un gredin? Mais je serais le dernier des misérables, j'aurais tué, même, qu'elle me saluerait encore.
- Pourquoi? Parce qu'elle vous a aimé?
- Allons donc! ce serait une raison de plus, au contraire, pour qu'elle me méprisât.
- Alors?
- Je suis l'homme qui lui a rendu son fils! »
« Et Lupin bougonna entre ses dents:
- Ah! la reconnaissance, quelle fumisterie! Heureusement que les honnêtes gens ont pour eux leur conscience, et la satisfaction du devoir accompli. »
« — Il nous reste Lupin, murmura le chef de la Sûreté.
— Oui, chef, Lupin tout court, Lupin en deux syllabes et en cinq lettres. Lupin décortiqué de son enveloppe brésilienne. Lupin ressuscité d’entre les morts, Lupin qui, transformé depuis six mois en colonel Sparmiento, et voyageant en Bretagne, apprend la découverte de douze tapisseries, les achète, combine le vol de la plus belle, pour attirer l’attention sur lui, Lupin, et pour la détourner de lui, Sparmiento, organise à grand fracas, devant le public ébahi, le duel de Lupin contre Sparmiento et de Sparmiento contre Lupin, projette et réalise la fête d’inauguration, épouvante ses invités, et, lorsque tout est prêt, se décide, en tant que Lupin vole les tapisseries de Sparmiento, en tant que Sparmiento disparaît victime de Lupin et meurt insoupçonné, insoupçonnable, regretté par ses amis, plaint par la foule et laissant derrière lui, pour empocher les bénéfices de l’affaire… »

La Douce
Dès les trois premières lignes, La Douce m’a saisie.
Il n’y a pas d’entrée progressive dans le récit : Dostoïevski impose immédiatement le silence, la mort, l’irréparable. Tout est déjà fini, et pourtant tout reste à comprendre. Cette intensité brutale donne le ton d’un texte court, mais d’une profondeur vertigineuse.
Le texte prend la forme d’un monologue : celui d’un mari qui comprend trop tard. On sent qu’il aimait sa femme, mais qu’il a aimé maladroitement, avec dureté et orgueil. Il voulait obtenir son amour sans savoir le donner.
Son regret est réel. Sa douleur aussi. On sent qu’il l’aimait, qu’il l’aime encore, mais qu’il n’a compris qu’après la catastrophe. Chez Dostoïevski, la tragédie n’est jamais dans l’absence de sentiments, mais dans l’incapacité à les exprimer correctement, à temps.
Elle, la douce, s’efface peu à peu. Elle se sent inférieure, indigne de lui, prisonnière d’un silence qui la détruit. Son suicide n’est pas spectaculaire : il est le résultat d’une solitude extrême et d’un amour qui écrase au lieu de soutenir.
Ce qui m’a le plus marquée, c’est que ce suicide apparaît comme une conséquence logique, presque inévitable, tant l’écrasement psychologique est progressif. Il n’y a pas de scène spectaculaire, pas de cris. Seulement un être humain qui ne trouve plus sa place dans le regard de l’autre.
L’« avertissement » met en lumière l’ampleur du travail de l’auteur mais aussi celui du traducteur. Les trois séries de notes préparatoires de La Douce sont dispersées sur onze feuillets conservés dans plusieurs institutions majeures — la Bibliothèque Lénine et les Archives centrales à Moscou, ainsi que la Maison Pouchkine à Saint-Pétersbourg. Publiés pour la première fois ensemble dans le volume XXIV de l’édition académique des œuvres complètes de Dostoïevski, ces documents constituent la base de la présente traduction. En donnant accès, pour la première fois en français, aux brouillons de La Douce, le traducteur, André Markowitcz, ne se contente pas de transmettre un texte : il restitue un processus d’écriture, et offre au lecteur une plongée rare dans la genèse de l’œuvre.
Ce texte parle de l’amour mal exprimé, de la domination silencieuse et de la compréhension qui arrive trop tard.
La Douce est une œuvre courte, mais d’une force émotionnelle durable, qui laisse une trace longtemps après l’avoir refermée.
« …Bon, tant qu'elle est là, ça va: j'y vais, je regarde, à chaque instant ; mais demain, ils l’emportent, et mol, comment je resterai seul ? »
« - Voyez-vous, lui ai-je fais remarquer tout de suite d’un ton moitié rieur moitié mystérieux, je… ‘je suis une partie de cette partie du tout qui veut faire le mal et fait le bien’… »
« Parce que, pourquoi est-elle morte ? Quand même, cette question, elle se pose. Elle cogne, cette question, elle me cogne dans le crâne. »
« Le balancier qui bat, insensible, détestable. La nuit. Deux heures. Ses petits sou-liers, là, devant son lit, on dirait qu'ils l'attendent... Non, sérieusement, quand ils l'emporteront, demain, qu'est-ce que je serai ? »
« Je lui avais fait peur. Elle a eu peur de mon amour, elle pensait que je l'oublierais et que nous resterions comme ça. Mais si c'était le cas, donc elle ne supposait en moi aucun sentiment. Humain. Elle suppposait ça sans indignation, je ne la condamne pas : comme ça, n'est-ce pas, un homme très ordinaire, de cette race de gens-là, indifférent. Mais, justement, dans cette indifférence, dans cette absence d'indignation - que de mépris. Elle m'avait oublié, tout simplement, oui, oublié, elle s'est même mise à chantonner, elle avait oublié mon existence. »
« C'est maintenant, quand j'ai passé et repassé tout ça dans ma tête, que je comprends : elle a refusé l'amour, elle pensait que c'était ça. L'amour, il lui était tellement pénible qu'elle a préféré mourir. Ça a eu lieu soudain. »

Passion Simple
Passion simple est un texte d’une intimité saisissante. Certains passages sont crus ; ils ne sont pas là pour provoquer, mais parce que la passion ne connaît pas la pudeur. Quand on aime ainsi, le corps prend le pouvoir sur tout le reste. Le désir devient une nécessité, presque biologique. On ne vit plus avec la passion : on vit pour elle. Ces passages, très forts mais jamais gratuits, disent la vérité d’une passion dévorante, celle qui envahit le corps, le temps et la pensée, jusqu’à nous couper du monde.
Cette lecture a pris une résonance particulière pour moi, car j’ai vu la veille le film Anna Karénine. Lorsque Annie Ernaux évoque ce personnage, j’ai ressenti une forme de synchronicité troublante. Anna comme Ernaux montrent à quel point une passion peut être douloureuse, isolante, parfois destructrice, mais aussi profondément vitale.
Je dis souvent que l’amour est le sel de la vie. En lisant ce livre, je me suis dit que la passion est peut-être encore plus forte : elle brûle, elle consume, elle déséquilibre, mais elle donne à l’existence une intensité rare, presque indispensable.
Ce qui m’a le plus touchée, c’est la fin du livre. Annie Ernaux fait le deuil de cette relation sans pathos, avec une lucidité silencieuse. Elle ne renie rien. Elle accepte que cette passion ait existé, qu’elle l’ait traversée et transformée, et qu’elle fasse désormais partie de son histoire. Elle constate que la passion est terminée, et avec elle cette intensité qui occupait tout l’espace. Il reste un vide, mais aussi quelque chose de précieux : la trace. Elle a vécu cela, et rien ni personne ne pourra le lui enlever.
Un texte court, intense, profondément personnel, qui laisse une empreinte longtemps après la dernière page.
« Je me demandais avec stupeur: « Où est le présent? » »
« Souvent, j'avais l'impression de vivre cette passion comme j'aurais écrit un livre : la même nécessité de réussir chaque scène, le même souci de tous les détails. Et jusqu'à la pensée que cela me serait égal de mourir après être allée au bout de cette passion - sans donner un sens précis à " au bout de » - comme je pourrais mourir après avoir fini d'écrire ceci dans quelques mois. »
« Durant cette période, toutes mes pensées, tous mes actes étaient de la répétition d'avant. Je voulais forcer le présent à redevenir du passé ouvert sur le bonheur. »
« Le temps de l'écriture n'a rien à voir avec celui de la passion. »
« Pourtant, quand je me suis mise à écrire, c'était pour rester dans ce temps-là, où tout allait dans le même sens, du choix d'un film à celui d'un rouge à lèvres, vers quelqu'un. L'imparfait que j'ai employé spontanément des les premières lignes est celui d'une durée que je ne voulais pas finie, celui de « en ce temps-là la vie était plus belle », d'une répétition éternelle. »
« Continuer, c'est aussi repousser l'angoisse de donner ceci à lire aux autres. Tant que j'étais dans la nécessité d'écrire, je ne me souciais pas de cette éventualité. Maintenant que je suis allée au bout de cette nécessité, je regarde les pages écrites avec étonnement et une sorte de honte, jamais ressentie - au contraire - en vivant ma passion, pas davantage en la relatant. »
« Quand je commencerai à taper ce texte à la machine, qu'il m'apparaîtra dans les caractères publics, mon innocence sera finie. »
« J'ai mesuré le temps autrement, de tout mon corps.
J'ai découvert de quoi on peut être capable, autant dire de tout. Désirs sublimes ou mortels, absence de dignité, croyances et conduites que je trouvais insensées chez les autres tant que je n'y avais pas moi-même recours. À son insu, il m'a reliée davantage au monde. »
« Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de la mer. Plus tard, j'ai cru que c'était de mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme. »

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LISA DUMAINE •
LE CLUB D'ÉCRITURE •
Thème en cours
ENTRE MES LIGNES
Une réponse sera apportée à chacun de vos travaux
Au-delà du Givre
Au cœur de l’hiver, le silence s’étire,
Sous un ciel de givre où les étoiles soupirent.
Les arbres dénudés, gardiens de la nuit,
Veillent sur la neige, éclat d’infini.
Le vent murmure des contes oubliés,
De flocons légers, danseurs effacés.
Chaque souffle glacé, chaque souffle blanc,
Raconte l’histoire d’un temps apaisant.
Le cœur de l’hiver bat lentement,
Dans l’ombre douce d’un firmament.
Il porte en lui la promesse cachée,
D’ un printemps doux, bientôt réveillé.
Dans ce froid profond, une âme s’égare,
Cherchant la lumière au-delà du brouillard.
Elle marche seule, sous la nuit glacée,
Portant ses blessures, ses rêves brisés.
Les rivière figées sous un voile de cristal,
Gardent en leur sein un secret hivernal.
Leurs eaux endormies, sous la glace scellée,
Chante en silence la vie retrouvée.
Les pas dans la neige dessinent des chemins,
Traces éphémères d’un monde incertain.
Mais sous cette épais manteau blanc, la terre respire,
Préparant en secret son doux avenir.
Au cœur de l’hiver, la nuit est reine,
Mais l’aube s’avance, et lointaine.
Et dans ce froid profond, un feu se déploie,
Celui de l’espoir, celui de la joie.
Car même dans l’ombre, la vie persiste,
Un souffle fragile, un éclat d’artiste.
L’hiver n’est qu’un passage, un temps suspendu,
Où renaît le cœur, à l’ âme rendu.
Silence Blanc
Le cœur de l’hiver bat doucement sous la neige. Chaque flocon qui tombe est une note de musique fragile, un souffle froid qui vient caresser la peau. Les arbres s’inclinent sous le poids du givre, et tout semble suspendu, comme si le monde retenait son souffle. Dans ce silence glacé, on entend pourtant la vie : le crépitement lointain d’un feu, le pas régulier d’un chien sur la route gelée, un souffle qui s’échappe d’une bouche rouge de froid. L’hiver n’est pas seulement un temps de froid, il est un temps de mémoire, de repos, de poésie invisible, que seuls ceux qui savent regarder peuvent entendre.
Cristal et flamme
Au cœur de l’hiver, la nuit s’étire,
Et le vent murmure des chants d’ivoire.
La neige recouvre chaque empire,
De silence, de froid, et d’espoir.
Sous les branches nues, l’ombre s’incline,
Le givre sculpte des rêves fragiles.
Et dans le froid, une lumière s’invite,
Petite flamme, au cœur des villes.
L’hiver n’est pas juste le temps du blanc,
Mais le souffle tendre des instants vacillants.
Le dernier café
Lucie poussait la porte du café, tremblante. Le vent glacial la giflait à chaque pas, et elle sentait ses doigts engourdis se replier sur la poignée. À l’intérieur, la chaleur enveloppante et l’odeur du café lui firent un bien fou. Elle s’installa à sa table habituelle, près de la fenêtre givrée, et regarda les flocons danser. Dans le cœur de l’hiver, pensait-elle, tout semble plus clair : les joies simples, les silences partagés, les regards qui durent un peu plus longtemps. Elle prit une gorgée de café brûlant et se dit que, parfois, l’hiver pouvait réchauffer l’âme plus que n’importe quel soleil.
Les sentinelles du givre
Dans le royaume figé du cœur de l’hiver, des statues de glace veillent sur la forêt endormie. Elles n’ont ni voix ni souffle, mais chaque arbre, chaque ruisseau, chaque pierre connaît leur présence. Les animaux se déplacent en silence, comme respectant un pacte invisible. Et au milieu de cette solitude gelée, un garçon marche, les yeux écarquillés, les paumes rouges de froid. Il sait que si l’on tend l’oreille, le vent raconte des histoires oubliées, que la neige murmure des secrets d’anciens royaumes. L’hiver n’est pas mort ; il est gardien, il est mémoire, il est magie.
MERCI AUX 32 PARTICIPANTS, MêME SI VOUS N’êTES PAS DANS LE CLASSEMENT, J’AI ADORé LIRE VOS EXCELLENTS TRAVAUX SUR LE THEME : le coeur de l’hiver



LISA, C'EST MOI !
Lisa est triste et secrète
Elle pleure seule dans le noir
Personne ne peut la voir
La pluie coule, ses yeux sont des fenêtres
Comme dans la chanson de Cat Stevens
Lisa est double, Lisa est trouble
Elle s’enfuie de ses rêves
Elle est forte mais frêle
Elle cache le bonheur dans un cri, s’oublie et se retrouve
Comme dans la chanson de Jeanne Mas
Lisa aime et n’aime pas
Dans ses yeux, tu y lisais ta vie autrefois
Tu existes un peu moins, semaine après mois
Sans ces yeux là , tu ne te vois pas
Comme dans la chanson de Goldman
Lisa rêve de partir, de vivre ailleurs
Tu peux imaginer le son de sa voix
Mais un jour c’est certain elle s’envolera
Elle regarde les oiseaux, s’accroche à leurs ailes
Comme dans la chanson de Francis Cabrel
Lisa veut la paix, faire ce qu’il lui plaît
Elle promet que tout ira bien demain
Il lui disait : « ne me promet pas, ne me promet rien »
Elle a un secret, elle croit que l’amour ne meurt jamais
Comme dans la chanson de Daniel Lavoie
Lisa s’égare, se fait du mal
Vole trop près du soleil, comme Icare
Lisa se fait du mal, elle ne s’aime pas
On l’observe mais on ne la voit pas
Comme dans la chanson de Dinaa
Lisa est triste, secrète, double et trouble.
Lisa aime et n’aime pas, rêve de partir de vivre ailleurs
Lisa veut la paix, faire ce qui lui plaît mais s’égare et se fait du mal
Lisa c’est moi, je suis toutes ces Lisa.