Lisa Dumaine
AUTRICE DE L’OMBRE ET DE LA LUMIÈRE,
DES MOTS POUR DIRE CE QUE
LE COEUR NE PEUT TAIRE

ENTRE POESIE, EMOTION ET INTROSPECTION, J’ECRIS POUR EXPLORER CE QUE LES SILENCES NE DISENT PAS. CE SITE EST MON ESPACE D’EXPRESSION : SIMPLE, SINCERE, VIVANT
GALERIE












REVUES
Le Joueur
Le Joueur n’est pas un roman sur le jeu.
C’est un roman sur la destruction.
Au début, j’ai eu du mal à entrer dedans. La première partie est plus lente, presque déroutante. On croit presque lire un roman social nerveux, fait de tensions sentimentales, de dialogues, d’humiliations et de questions d’argent… puis soudain, le jeu devient le centre de gravité de tout.
À partir de là, le livre change complètement de rythme psychologique. Tout bascule. Le jeu prend toute la place et le roman devient beaucoup plus intense.
J’ai toujours été fascinée par l’univers du casino, l’univers du jeu et de l’argent. Cette sensation étrange de pouvoir tout gagner ou tout perdre en quelques secondes. Le fait de partir, revenir, recommencer. Comme si l’on jouait parfois davantage avec sa vie qu’avec l’argent lui-même.
Pour mes 18 ans, je ne voulais pas aller en discothèque. J’ai voulu aller au casino. Et encore aujourd’hui, il m’arrive d’y aller simplement pour ressentir cette adrénaline si particulière. Cette montée de tension presque irréelle où le temps semble disparaître.
C’est sans doute pour cela que ce roman m’a autant marquée.
Ce qui m’a frappée, ce n’est pas seulement l’addiction à l’argent, mais l’addiction au vertige. Cette montée d’adrénaline qui finit par effacer le reste : les souvenirs, les rêves, les autres, la réalité elle-même.
Plus le personnage perd, plus il s’enfonce. Comme s’il disparaissait peu à peu derrière son obsession.
Fiodor Dostoïevski montre une chute brutale et profondément humaine : celle d’un homme qui ne sait plus vivre autrement que dans l’excès, l’attente et l’illusion de pouvoir tout récupérer au prochain tour. Le personnage ne joue même plus vraiment pour gagner. Il joue pour ressentir quelque chose : le danger, l’illusion de puissance, la possibilité du miracle immédiat.
Ce qui rend ce roman encore plus troublant, c’est que Dostoïevski lui-même était addict au jeu. Il fréquentait les casinos européens, perdait des sommes énormes et se retrouvait parfois dans des situations financières désespérées. On sent alors que ce livre n’est pas seulement une fiction : il ressemble presque à une confession psychologique.
Le plus marquant reste cette sensation de spirale mentale. Le jeu devient une obsession qui efface tout le reste. Il n’y a plus vraiment de futur, plus de stabilité, seulement l’instant présent et le besoin de rejouer encore.
Les casinos ont quelque chose de presque irréel : des lumières qui brillent pendant que les êtres humains s’effondrent lentement derrière elles. Et c’est exactement ce que Dostoïevski réussit à montrer dans ce roman.
C’est un livre sombre, nerveux et profondément humain sur l’addiction, l’illusion et l’autodestruction.
Et finalement, la plus grande perte n’est peut-être même pas l’argent.
C’est soi-même.
« Pourquoi le jeu serait-il moins bon qu'un autre moyen de gagner de l'argent, par exemple le commerce ? Ce qui est vrai, c'est qu'il n'y en a qu'un pour cent qui gagne. Mais moi, en quoi cela me regarde ? »
« Vous savez le plus incroyable ? Chaque jour, je vous aime de plus en plus, et c'est pourtant presque impossible.
Après cela, comment ne serais-je pas fataliste ? Vous vous souvenez, il y a deux jours, sur le Schlangenberg, je vous ai murmuré, quand vous m'avez défié : dites un seul mot, et je saute dans le vide. Si vous l'aviez dit, ce mot, j'aurais sauté tout de suite. Ou vous ne le croyez pas, que j'aurais sauté ? »
« Moi aussi, j'étais un joueur ; c'est ce que je sentis à cette minute précise. Tous mes membres tremblaient, j'avais la tête en feu. »
« Tout cela a fusé comme un rêve - même ma passion, et elle était pourtant si forte, si véritable... où donc est-elle passée maintenant ? Vraiment, maintenant, il s'en faut de peu que je ne me dise, comme dans un éclair : "Est-ce que je ne suis pas devenu fou à ce moment-là, peut-être suis-je resté tout le temps dans un asile, je ne sais pas, ou peut-être y suis-je encore maintenant, au point que tout cela n'a fait que me sembler et que, jusqu'à présent, il n'y a là que semblance...’ »
« Quelles monstrueuses moqueries du destin peuvent survenir ici ! »
« Oui, je me sentais poussé par le destin. »
« -Vous voyez. Partez à Paris, dès ce matin.
- Pourquoi ça ?
- Tous les Russes qui ont de l'argent vont à Paris, m'expliqua Mr. Astley d'une voix et d'un ton tels qu'on aurait cru qu'il venait de lire cela dans un livre.
- Mais qu'est-ce que je ferais, maintenant, en plein été, à Paris ? Je l'aime, mister Astley ! Vous le savez
- Croyez-vous ? Je suis sûr que non. En plus, si vous restez ici, vous ne pourrez que tout perdre, et vous n'aurez plus rien pour aller à Paris. Mais, adieu, je suis absolument sûr que vous partirez à Paris ce matin. »
« Il suffit que j'approche de la salle de jeu, à deux salles de distance, dès que j'entends s'entrechoquer les pièces qui circulent, c'est tout juste si je n'ai pas une attaque. »
« Oui, des instants pareils, tous les échecs sont oubliés! Car j'avais gagné cela en jouant plus que ma vie, j'avais eu le courage de risquer et voilà - je me retrouvais au nombre des humains! »
« Oui, malheureux que vous êtes, elle vous aimait, et je peux vous le dire maintenant, parce que vous êtes un homme perdu ! Bien plus, je vous dirai même qu'elle vous aime toujours - mais vous, vous resterez ici, n'importe comment. Oui, vous vous êtes perdu vous-même. Vous possédiez quelques capacités, une personnalité, vous n'étiez pas mauvais ; vous pouviez même vous rendre utile à votre patrie, qui a tellement besoin d'hommes, mais non - vous resterez ici, et votre vie est perdue. Je ne vous accuse pas. De mon point de vue, tous les Russes sont comme vous, ou ont tendance à l'être. Si ce n'est pas la roulette, c'est autre chose, qui lui ressemble. Les exceptions sont trop rares. Vous n'êtes pas le premier à ne pas comprendre ce que c'est que le travail (je ne parle pas de votre peuple). La roulette, c'est le jeu russe par excellence. Jusqu'à présent, vous êtes resté honnête, vous avez préféré servir comme domestique plutôt que voler... Mais je tremble de penser à ce qu'il peut en être à l'avenir. Assez, adieu! Vous avez besoin d'argent, à l'évidence. Tenez, voilà dix louis d'or, je ne vous donnerai pas plus, vous prenez donc de toute façon. Prenez, et adieu ! Mais prenez donc ! »
« Oui, c'est des mots, des mots, rien que des mots - ce qu'il faut, c'est des actes ! »
« Demain, demain, tout sera fini ! »

Le Petit Héros
Le Petit Héros m’a laissée avec cette sensation étrange de douceur et de mélancolie que seuls certains livres arrivent à provoquer.
On suit ce petit garçon qui ressent tout trop fort. Il veut être digne, courageux, presque “grand” au milieu de ces adultes qu’il admire autant qu’il ne les comprend pas. Et c’est impossible de ne pas s’attacher à lui. Dostoïevski écrit l’enfance avec énormément de sérieux et de tendresse. Rien n’est ridicule dans ce qu’il ressent. Chaque humiliation, chaque regard, chaque émotion devient immense.
J’ai beaucoup aimé l’atmosphère du récit. Tout semble flou, nostalgique, presque comme un souvenir d’été qui s’efface doucement.
En revanche, je n’ai pas réussi à réellement apprécier Mme M., Nathalie. Oui, elle est douce, belle, mystérieuse. Mais elle voit très bien le trouble et l’admiration du petit garçon. Et malgré cela, elle l’entraîne dans quelque chose qui le dépasse complètement. Sa relation cachée avec N. donne au récit une gêne discrète mais constante. J’ai eu l’impression qu’elle utilisait un peu cet enfant, même inconsciemment, parce qu’elle aime être regardée et aimée.
Et finalement, le personnage le plus noble reste ce petit héros lui-même. Lui au moins est sincère. Il aime avec innocence, maladresse et dignité dans un monde d’adultes déjà rempli de faux-semblants.
Un texte court, doux, profondément mélancolique, et bien plus cruel qu’il n’en a l’air.
« Tantôt, pour finir, il me semblait que j'avais caché quelque chose à tout le monde, mais que, pour rien au monde, et à personne, je n'en aurais parlé, parce que j'en avais honte, moi, un petit humain, jusqu'aux larmes. Très vite, au milieu du tourbillon qui m'entourait, je me sentis une espèce de solitude. »
« Celui qui souffre va vers elles, ferme et empli d'espoir, et ne craint pas de leur peser, parce que rares sont ceux qui parmi nous connaissent toutes les réserves d'amour, d'infinie patience, de compassion et de pardon que peut renfermer le cœur de certaines femmes. De vrais trésors de sympathie, de consolation, d'espérance reposent dans ces cœurs purs, si souvent, eux aussi, blessés, parce que le cœur qui aime profondément est capable d'une tristesse profonde, mais la blessure y est soigneusement enfouie loin des regards curieux, car le malheur profond est le plus souvent silencieux et secret. Elles, elles ne prendront pas peur ni devant la profondeur de la blessure, ni devant sa purulence, ni sa puanteur : celui qui vient vers elles est déjà digne d'elles; et elles, du reste, c'est comme si elles naissaient pour cet acte de foi... »
« La conclusion de tout cela est que mon héros n'est rien d'autre qu'une baudruche gigantesque, gonflée à bloc, pleine de sentences, de phrases à la mode et de toutes les sortes, de tous les genres de clichés. »
« Non, à l'époque, je ne comprenais pas tout cela de la façon dont je le pense aujourd'hui. Je ne pouvais que soupçonner, et pressentir, et souffrir de tout mon cœur pour le danger qu'elle courait, un danger dont je n'avais pas même entièrement conscience. »
« Jamais je n'oublierai cette minute ! »
« Ma première enfance venait de s'achever. »

Le labyrinthe des esprits
Le Labyrinthe des esprits est, à mes yeux, une conclusion magistrale au cycle du Le Cimetière des livres oubliés. Un roman labyrinthique, mélancolique et profondément humain, qui referme chaque porte laissée entrouverte depuis L’Ombre du vent tout en laissant au lecteur cette douleur douce des grandes œuvres que l’on ne veut jamais quitter.
Le personnage d’Alicia Gris m’a immédiatement fascinée. Elle est à la fois sombre et lumineuse, ironique et profondément blessée. Tragique même. C’est un personnage d’une immense complexité auquel je me suis énormément attachée. Son lien avec Fermín Romero de Torres est d’ailleurs l’un des plus beaux du roman : une relation faite de pudeur, d’humour, de fidélité et d’humanité.
Puis vient Vargas, cet inspecteur avec lequel Alicia enquête sur la disparition de Valls. Et enfin, les réponses arrivent. Les pièces du puzzle se rassemblent peu à peu autour des Sempere, de Daniel, de Bea, de Julián Carax et de toutes les générations qui se répondent d’un livre à l’autre.
Ce roman éclaire également le destin d’Isabella, la mère de Daniel, ainsi que celui de Juan Sempere. Et c’est là toute la force de cette saga : au-delà des mystères et des intrigues, elle raconte avant tout la transmission. Les liens entre les pères et les fils y sont bouleversants. Entre Juan Sempere et son père, Daniel Sempere et le sien, Julián Carax et ses blessures familiales, chaque génération semble porter les traces de la précédente.
La relation entre Daniel et son père est sans doute l’une des plus touchantes de toute la saga. Elle traverse les romans du début à la fin avec une tendresse pudique et une fidélité bouleversante, surtout lorsque les secrets de famille se dévoilent enfin. Et autour de Daniel gravitent d’autres figures presque paternelles : Julián Carax comme un père spirituel, David Martín comme un père d’âme, Fermín comme un meilleur ami devenu oncle, protecteur, ange gardien.
Dans cette œuvre, les pères transmettent, protègent, aiment et tentent de sauver leurs enfants — fils comme filles. Les femmes, elles, sont fortes, intelligentes, inoubliables, mais souvent marquées par l’absence, la douleur ou des maternités imparfaites, parfois invisibles.
J’ai aussi été profondément touchée par la relation entre Julián et Julian, si belle, secrète, tendre et touchante.
Tout dans cette saga semble guidé par le destin : les livres choisis dans le Cimetière des Livres Oubliés, les prénoms qui reviennent, les signes, les répétitions familiales, les échos entre les générations. Comme si les histoires choisissaient elles-mêmes leurs lecteurs. Comme si certains êtres étaient condamnés à se retrouver à travers les livres et le temps.
Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que les romans ayant suivi L’Ombre du vent avaient presque été “écrits” par Julián Carax lui-même, Daniel lui avait demandé de continuer à raconter leur histoire. Je me suis demandée jusqu’au bout où se trouvait la frontière entre la vérité, la mémoire et la fiction imaginée par Carax. Et lorsque la réponse arrive enfin dans les dernières pages, elle m’a profondément bouleversée.
Cette saga est aussi remplie de références littéraires, artistiques et culturelles qui m’ont particulièrement touchée. On y retrouve des échos au Le Comte de Monte-Cristo de Alexandre Dumas, des clins d’œil à Victor Hugo et à sa maison parisienne que j’ai récemment visitée, mais aussi des références à Orson Welles, au cinéma, à la littérature gothique et aux écrivains maudits. Même le stylo Montblanc fictif évoqué dans le roman participe à cette mythologie élégante et nostalgique propre à Zafón.
Je me suis d’ailleurs davantage reconnue dans plusieurs personnages masculins : Julián, David Martín, Daniel… des hommes mélancoliques, hantés, passionnés, profondément seuls parfois. Du côté des personnages féminins, j’ai adoré Isabella, forte, brillante, aimante, avec ce lien magnifique à l’écriture et à son mentor. Bea représente pour moi le cœur vivant de la saga : la douceur, la fidélité et l’amour pur. Nuria est une femme sentimentale et forte à la fois. Et Alicia Gris incarne l’ombre et la lumière, la solitude, les blessures invisibles et cette façon d’avancer malgré tout.
Oui, j’ai eu les larmes aux yeux en refermant ce livre.
Chaque personnage m’a touchée. Chaque histoire a trouvé un écho en moi. Et c’est peut-être cela, au fond, la plus grande réussite de Carlos Ruiz Zafón : avoir créé non seulement une saga, mais un monde vivant, habité par les fantômes du passé, l’amour des livres et la mémoire des êtres que le temps refuse d’effacer.
« Les souvenirs que l'on enterre dans le silence sont ceux qui ne cessent jamais de nous persécuter. »
« Rien de ce qui vaut la peine dans cette vie n'est simple »
« Elle pouvait être l'ombre ou la lumière, un paysage ou un portrait, selon le livret. »
« -Ce que j'aimerais, c'est voyager et découvrir le monde.Trouver l'endroit qui me correspond. S'il existe.
- Toute seule?
- Ai-je besoin de quelqu'un d'autre ?
- Je suppose que non. Pour les êtres comme nous, la solitude peut être la meilleure des compagnies. »
« Personne n'est ce qu'il paraît. »
« -Ce n'est pas bien d'écouter aux portes...
- J'ai toujours pensé que c'est ainsi qu'on entend les meilleures conversations, hasarda Alicia. »
« Les certitudes réconfortent, mais c'est en doutant qu'on apprend. »
« Tu seras surprise de constater à quel point on cherche toujours dans le présent, ou le futur, des réponses qui se trouvent dans le passé. »
« Le froid. Un froid qui mord la peau, entaille les chairs et transperce les os. Un froid humide qui tenaille les muscles et brûle les entrailles. Le froid. Au cours de ce premier moment de conscience, c'est la seule chose à laquelle il pense. »
« La vie est comme une gare, à ce qu’on dit, et on monte presque toujours dans le mauvais train, à moins qu’on ne nous y pousse. »
« - Vous êtes très élégante. Un rendez-vous galant ?
- Mieux. Un rendez-vous avec des livres. »
« Tu te briseras le cœur à toi-même. Si tu en avais un. »
« Je crois en la littérature. Et parfois dans l'art de la gastronomie, surtout s'il est question d'une bonne paella. Le reste, ce sont des mensonges ou des palliatifs, c'est selon. J'ai l'impression que sur ces sujets nous nous ressemblons, vous et moi. À propos de la littérature, je veux dire, pas de la gastronomie. »
« - Pour quelles raisons faisons-nous les plus grandes bêtises, dans notre vie ?
- Par amour, pour l'argent, par dépit...
- Au fond, vous êtes une romantique, je le savais.
- Par amour, c'est cela ?
- Qui sait ? J'ignore ce qu'il espérait trouver d'autre dans un pays où la moitié de la population assassinait l'autre au nom de bouts de tissu de couleurs différentes... »
« On boit pour se souvenir et on écrit pour oublier. »
« Parce que vous êtes une créature de lumière et d'ombre, comme cette ville. »
« Le bonheur, ou ce qui y ressemble le plus pour toute créature pensante, à savoir la paix de l'esprit, est ce qui s'évanouit sur le chemin qui conduit de la croyance au savoir. »
« Une promesse à laquelle on ne renonce pas n'est pas une promesse. »
« On ne ment jamais à des gens ; ils se mentent à eux-mêmes. Un bon menteur donne aux crédules ce qu’ils veulent entendre. Voilà le secret. »
« - Apprendre à distinguer pourquoi on fait les choses et pourquoi on dit qu'on les fait est le premier pas pour se connaître soi-même. Mais de là à cesser d'être un crétin, il y a un sacré chemin.
- Vous parlez comme un livre, Fermín.
- Si les livres parlaient, il n'y aurait pas autant de sourds. »
« Les grands esprits se retrouvent toujours sur les grandes idées. »
« Je l'ai toujours dit : lorsqu'on veut que tout se déroule bien, il faut mettre une femme à la tête des opérations. »
« Elle survivra. Je l'ai déjà vue revenir d'entre les morts, et quand on apprend le truc on ne l'oublie plus. Je parle par expé-rience. Ressusciter, c'est un peu comme faire du vélo ou dégrafer le soutien-gorge d'une fille d'une seule main. Le tout c'est de piger le truc. »
« Le destin nous connaît mieux que nous nous connaissons nous-mêmes. »
« Je désire seulement que la justice soit faite. C'est tout. J'ai cru toute ma vie que j'aspirais à me venger. Mais la vengeance n'existe pas. La seule chose qui importe est la vérité. »
« Il en était arrivé à la conclusion qu'on ne sait jamais qui on est véritablement avant d'apprendre à haïr. »
« N'êtes-vous pas convaincu qu'en sauvant une personne honnête vous sauvez le monde, ou au moins la possibilité qu'il reste quelque chose de bon en lui ? »
« La douleur la plus sincère se vit dans la solitude. »
« Dormir, c'est pour les rêveurs. »
« En déposant les premiers mots, on constatait que la distance entre l'intention et le résultat allait de pair avec l'innocence à réaliser l'une et à accepter l'autre, dans l'écriture comme dans la vie. »
« Rien n'effraie davantage un barbare qu'une femme sachant lire, écrire et penser.
Et qui, en outre, montre ses genoux. »
« Des âmes perdues qui se rencontrent au cen de la nuit. »
« Les personnes conservent les espérances, mais le destin, c'est le diable qui l'attribue. »
« On ne mesure le vide du temps passé que le jour où l'on existe véritablement. »
« Sur cette terre, personne n'est heureux gratuitement, sans contrepartie, ne fût-ce qu'un bref instant. »
« J’ai appris que, dans ce monde, la vérité ne fait que meurtrir, et aussi que Dieu n'aime et n'aide que les menteurs. »
« Le libraire lui répondait toujours qu'il n'avait pas la foi, mais que dans ce lieu il se sentait plus proche d'Isabella, peut-être parce qu'il l'avait épousée entre ces murs et qu'il y avait organisé ses funérailles cinq petites années après, les seules heureuses de sa vie. »
« Parfois, quand les dieux regardent ailleurs et que le destin se perd en chemin, même les bonnes gens ont un peu de chance dans la vie. »
« On n'est libre que tant qu'on ignore la vérité. »
« Une histoire n'a ni début ni fin, seulement des portes d'entrée.
Une histoire est un labyrinthe sans fin de mots, d'images et de pensées réunis pour nous révéler la vérité invisible sur nous-mémes.
En définitive, une histoire est une conversation entre une personne quà raconte et une personne qui écoute. Or un narrateur ne peut conter que dans la mesure de ses capacités, et un lecteur ne lit que ce qui est déjà écrit dans son âme. »
« Il y a des choses qu'on ne peut voir que dans l'obscurité. »
« Malheur à vous, rêveurs d'encre et de papier, car le purgatoire des vanités et des désillusions est à vous ! »
« Personne n'a jamais triomphé sans avoir échoué auparavant. »
« Les gens meurent, surtout ceux qui mériteraient le plus de continuer de vivre. »
« C'est un conseil pratique que je donne à tous les auteurs débutants quand ils me demandent ce qu'ils doivent faire. Si vous voulez être écrivain, écrivez. Si vous avez une histoire à raconter, racontez-la. Essayez, en tout cas. »
« - Cherchez la femme*...
Fermín fronça les sourcils.
- La maxime classique de toute intrigue qui se respecte...
- Voilà*. »
« Écrire est un métier qui s'apprend, mais que personne ne peut enseigner.
Le jour où vous comprendrez ce que cela signifie, vous commencerez à apprendre à être écrivain. »
« C'était le plus merveilleux stylo à plume que j'avais jamais vu, le roi des Montblanc, avec une plume en or et platine dont ne pouvaient jailli que des chefs-d'œuvre, me serais-je dit si j'étais encore un enfant.
— On dit qu'il a appartenu à Victor Hugo, mais moi, je le prendrais plutôt dans le sens métaphorique. »
« Écrire, c'est réécrire, me rappelait-il sans cesse. On écrit pour soi et on réécrit pour les autres. »
« Vous serez celui que vous croyez être. »
« Il vaut parfois mieux faire travailler le cerveau et l'épuiser que de le laisser a repos, au risque qu'il nous dévore tout cru lorsque l'ennui le gagne. »

Le jeu de l’ange
Le Jeu de l’Ange, c’est exactement le genre de livre qui vous habite encore après la dernière page. On le termine, mais lui ne vous termine pas. Il reste là, dans un coin de la tête et du cœur.
Carlos Ruiz Zafón a une écriture rare, puissante, envoûtante. Il a ce talent de mêler le mystère, le drame, l’amour, le fantastique, l’aventure et la littérature avec une fluidité incroyable. À chaque page, on sent que les livres, les mots et l’écriture occupent une place sacrée. Chez lui, la littérature sauve autant qu’elle détruit.
J’ai profondément aimé David Martín. C’est un personnage immense. Blessé par la vie, sarcastique, intelligent, fidèle, sensible. Il y a chez lui quelque chose de profondément tragique. C’est un homme qui aime sincèrement, mais à qui tout semble échapper. On s’attache à lui immédiatement.
Sa vie entière semble traversée par quelque chose de surnaturel, d’inquiétant, d’insaisissable. On ne sait jamais totalement ce qui est réel, ce qui ne l’est pas, ce qui relève de la folie, du destin ou d’une force obscure.
La fin est horrible. Vraiment horrible. Cruelle, tragique, marquante. La vengeance finale est d’une noirceur absolue et laisse un goût amer durable. C’est une fin forte, dérangeante, inoubliable, mais j’ai adoré retrouver tout l’univers du Cimetière des Livres Oubliés, découvrir davantage les origines de la famille Sempere, croiser plusieurs générations, comprendre certains liens. J’ai été très touchée par le grand-père de Daniel Sempere. Zafón excelle dans cet art de faire vivre des familles, des lignées, des mémoires.
J’ai aussi énormément aimé Isabella, sans doute mon personnage féminin préféré du roman. Vive, lumineuse, spontanée, courageuse, attachante. Elle apporte de la chaleur et de la vie dans un récit souvent sombre. Sa relation avec David Martín est magnifique. J’ai le sentiment qu’elle l’aime profondément, d’une manière difficile à définir : pas d’un amour romantique, mais un amour sincère, humain, fort, indescriptible sûrement. Lui l’auteur, elle celle qui rêve d’écrire…
Cristina est également un personnage bouleversant. J’ai souvent eu l’impression qu’elle aimait David Martín, mais qu’elle épouse Pedro Vidal par devoir, par dette morale envers lui et sa famille, comme si elle pensait ne pas avoir le choix. Cela rend son destin cruel et rend celui de David encore plus injuste.
Ce que j’aime tant chez Zafón, c’est cette manière de faire se croiser tous les destins. Rien n’est gratuit, rien n’est isolé. Chaque personnage porte une histoire, une dette, un secret, une blessure. Tout finit par se rejoindre comme les pièces d’un puzzle.
Le roman parle d’amour, de perte, d’absence, de transmission, de paternité, de solitude, de mémoire. On y retrouve souvent ce lien immense entre un fils et un père, l’absence d’une mère, la recherche d’un foyer, d’un refuge. C’est universel, et c’est pour cela que cela touche autant.
Pour moi, Le Jeu de l’Ange arrive juste après L’Ombre du vent. Plus sombre, plus fiévreux, plus tourmenté, mais absolument exceptionnel.
Un roman intense, mystérieux, tragique et profondément beau.
« Un écrivain n'oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d'argent ou quelques éloges en échange d'une histoire. Il n'oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu'il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix. »
« À cette époque, la mort ne vivait pas encore dans l'anonymat, l'on pouvait la discerner et la sentir partout, dévorant des âmes qui n'avaient pas encore eu le temps de pécher. »
« Il posa la main sur mon épaule et me regarda comme si, pour un bref instant qui ne devait jamais se reproduire, il était fier de moi, même si nous étions différents, même si j'aimais les livres qu'il ne pouvait lire, et même si ma mère nous avait abandonnés tous les deux, dressés l'un contre l'autre. En cet instant, je crus que mon père était le meilleur homme de la Terre et que tout le monde finirait par s'en rendre compte si la vie, pour une fois, acceptait de lui accorder sa chance. »
« La vie est comme ça David. Tôt ou tard, tout le monde t’abandonne. »
« J’étais sûre que mon absence les rendait heureux ou qu’en tout cas elle leur faisait oublier qu’ils ne l’étaient pas et qu’ils ne le seraient jamais. »
« Je peux te demander pourquoi tu as choisi ce lieu ? C'est une maison bien grande pour quelqu'un qui vit seul.
Quelqu'un qui vit seul, pensai-je. On finit par devenir tel que nous considèrent ceux que l'on désire.
- Tu veux la vérité ? demandai-je. La vérité, c'est que je me suis installé ici parce que pendant des années J'ai vu cette maison tous les jours en allant au journal et en en revenant. Elle était toujours close et je me suis mis à penser qu'elle m'attendait. J'ai fini par rêver, lit-téralement, qu'un jour j'y habiterais. Et c'est ce qui s'est passé.
- Tous tes rêves deviennent-ils réalité, David ?
Ce ton ironique me rappelait trop Vidal.
- Non. Celui-là est le seul. »
« Vous êtes un juge trop sévère envers vous-même, qualité qui distingue irrémédiablement les personnes de valeur. »
« Je me méfie de ceux qui s’imaginent avoir beaucoup d’amis. C’est signe qu’ils connaissent mal leur prochain. »
« Il arrive que même les pires nouvelles soient un soulagement quand elles sont seulement une confirmation de ce que l'on pressentait sans vouloir le savoir. »
« - Vous avez mauvaise mine, décréta-t-il.
- Une indigestion, répliquai-je.
- De quoi ?
- De réalité.
- Vous n'êtes pas le seul, trancha-t-il. »
« -Je ne sais pas ce que je désire le plus.
- Je crois que si. Je crois que vous le savez. »
« Tout argent est sale. S'il était propre, personne n'en voudrait. Mais ce n'est pas le problème. »
« En règle générale, ajoutai-je, plus on a de talent, plus on doute d'en avoir. Et vice versa. »
« Je crois que tu as du talent et que tu as vraiment envie d'écrire, Isabella. Plus que tu ne le crois, et moins que tu ne l'esperes. Mais quantité de personnes ont du talent et envie d'écrire, et nombre d'entre elles n'y arrivent jamais. Ça, c'est seulement le principe de base pour faire quelque chose dans la vie. Le talent est comme la force d'un athlète. On peut naître avec plus ou moins de dispositions, mais nul ne parvient à être un athlète simplement parce qu'il est né grand, fort ou rapide. Ce qui fait l'athlète, ou l'artiste, c'est le travail, le métier et la technique. L'intelligence que tu as reçue à ta naissance est juste une munition. Pour parvenir à en faire quelque chose, il est nécessaire que tu transformes ton esprit en arme de précision. »
« Les mauvaises idées viennent toujours par deux. »
« Les sages partagent les mêmes pensées et les mêmes paroles. »
« La poésie s'écrit avec des larmes, le roman avec du sang et l'histoire avec de l'eau de boudin, dit le cardinal pendant qu'il enduisait de poison le fil du poignard à la lumière du candélabre. »
« Je n'ai jamais été religieux. Je ne suis ni croyant, ni incroyant, je doute. Le doute est ma foi. »
« - Savez-vous quel est l’avantage des cœurs brisés ? Demanda la bibliothécaire.
J’exprimai mon ignorance.
- C’est qu’il ne peuvent véritablement se briser qu’une fois. Les suivantes ne sont que des égratignures. »
« N'apprends pas à chercher des excuses pour ne pas écrire avant d'avoir appris à écrire. C'est un privilège de professionnel, et il faut d'abord le mériter. »
« Ce qui l'intéresse, ce sont les mêmes choses que toi. Les livres, la littérature, l'odeur de ces trésors que vous gardez ici, et la perspective d'une romance et d'une aventure pareilles à celles des romans-feuilletons. Ce qui l'intéresse, c'est de chasser la solitude et de ne pas perdre son temps à comprendre que cette chienne de vie ne vaut pas un centime si nous n'avons pas quelqu'un avec qui la partager. Avec ça, tu as l'essentiel. Le reste, tu l'apprendras et tu l'apprécieras au fur et à mesure. »
« Les gens normaux mettent des enfants au monde; les romanciers comme moi, des livres. Nous sommes condamnés à laisser nos vies à l'intérieur, même s'ils ne nous en témoignent presque jamais de reconnaissance. Nous sommes condamnés à mourir dans leurs pages, et parfois même ce sont eux qui nous ôtent la vie. »
« -Je ne sais pas quelle est la vérité.
- La vérité est ce qui fait mal. »
« Ce lieu est un mystère. Un sanctuaire. Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu'un livre change de main, toutes les fois que quelqu'un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. Ici, les livres dont personne ne se souvient, les livres qui se sont perdus dans le temps, vivent pour toujours, en attendant d'arriver dans les mains d'un nouveau lecteur, d'un nouvel esprit... »

Le prisonnier du ciel
Refermer Le Prisonnier du ciel de Carlos Ruiz Zafón, ce n’est pas vraiment finir un livre.
C’est rester sur un seuil. Entre ce que l’on sait… et tout ce qui reste encore à comprendre.
Quel plaisir, d’abord, de retrouver ceux qui nous ont déjà tant marqués.
Daniel Sempere, fidèle à lui-même, toujours porté par cette sensibilité silencieuse. Son père, présence rassurante, presque intemporelle. Et puis, lui… Fermín Romero de Torres.
Fermín, qui dans ce roman, cesse d’être seulement ce personnage haut en couleur pour devenir une histoire à lui seul.
On découvre ses blessures, son passé, ses zones d’ombre… et tout ce qui, derrière l’humour, faisait déjà pressentir une profondeur plus grave.
Ce roman est celui de la révélation.
Mais aussi celui d’une présence troublante : David Martín.
Fascinant, insaisissable, presque irréel. Il plane sur l’histoire comme une énigme. On ne sait jamais vraiment qui il est, ni ce qu’il représente. Et c’est précisément ce qui le rend si captivant.
À travers lui, Zafón brouille les frontières entre réalité et fiction, entre mémoire et illusion.
Et puis il y a cette atmosphère…
Barcelone, encore une fois, n’est pas un simple décor. Elle respire, elle enferme, elle protège. Elle devient le théâtre de secrets que l’on devine sans jamais totalement les saisir.
Mais ce qui marque le plus, peut-être, c’est cette fin.
Une fin qui n’en est pas une.
Une fin qui ouvre.
On referme le livre avec une seule certitude : l’histoire n’est pas terminée.
Au contraire, elle ne fait que se dévoiler.
Le Prisonnier du ciel est un roman de transition, mais un mot trop faible pour décrire ce qu’il provoque réellement. C’est une attente. Une montée silencieuse. Une promesse.
Et au fond, une envie presque immédiate : celle de continuer.
De savoir.
De comprendre.
D’entrer, enfin, dans le labyrinthe.
« Il ajouta, tout heureux :
- Se renouveler ou mourir.
- Mourir, murmura Fermín. »
« Je ne sais plus où j'ai lu que, au fond, nous n'avons jamais été celui que nous croyons, et que nous ne faisons que nous souvenir de ce qui ne s'est jamais passé.... »
« Le fou pense toujours que ce sont les autres qui sont fous. »
« -Docteur, je crois que j’ai découvert le seul moyen de sortir de cette prison.
- Comment ?
- Mort.
- Vous n’avez pas un moyen plus pratique ?
- Avez-vous lu Le Comte de Monte-Cristo, docteur ?
- Dans ma jeunesse. Je ne m’en souviens pas vraiment.
- Eh, bien, relisez-le. Tout est dedans. »
« Il arrive qu'on se fatigue de fuir, dit Fermín. Le monde est très petit quand on ne sait où aller. »
« Dans ce monde, on pardonne tout, sauf de dire la vérité. »
« On ne décide pas de son avenir : on le mérite. »
« Si vous ne faites pas confiance à un romancier, à qui ferez-vous confiance ? »
« Il est des époques et des lieux où n'être personne est davantage honorable qu’être quelqu’un. »
« Peut-être était-il mort et ne le savait-il pas lui même. »
« Le ciel peut attendre. Et il n’y a plus de place en enfer. »
« Un bon menteur sait que le mensonge le plus efficace est toujours une vérité dont on soustrait une pièce clef. »
« Mon père avait cette habitude qu’ont certaines personnes de se forcer à sourire quand elles veulent retenir leurs larmes. »
« - Un jour vient où on se rend compte que la jeunesse est finie et que le train est passé, vous comprenez?
- Il y a toujours des trains. Toujours. »

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LISA DUMAINE •
LE CLUB D'ÉCRITURE •
Thème en cours
JE SUIS UN ANIMAL
Les fleurs du printemps
Lorsque l’hiver dépose son manteau de glace,
La terre s’éveille sous un ciel plus léger,
Et dans le creux des sillons, une voix se replace,
Pour chanter le retour du printemps, ce mirage.
Les bourgeons, timides, osent enfin s’ouvrir,
Comme des cœurs blessés qui craignent la lumière,
Mais le soleil les presse, les fait tout rougir,
Et leur souffle devient une douce prière.
Chaque fleur qui éclot est un secret tenu,
Une larme de rosée qui brille sur la tige,
Elle porte en sa mémoire le deuil disparu,
Pour mieux offrir au monde un parfum, un prodige.
Ainsi naît la beauté dans le deuil des saisons,
Où la vie, malgré tout, reprend son envolée,
Et dans ce ballet lent, sous le ciel sans prison,
L’espoir renaît plus fort, dans nos âmes voilées.
Fleurs
Le printemps est revenu
sans demander la permission.
Dans les fossés,
des fleurs minuscules
ouvrent les yeux
comme des enfants timides.
Les jonquilles tremblent un peu
dans le vent du matin,
et les lilas sentent
les souvenirs anciens.
Je marche lentement
parmi les couleurs neuves.
Tout renaît autour de moi
avec une insolence tendre.
Les arbres oublient l’hiver.
Les oiseaux oublient la pluie.
Mais certaines douleurs humaines
refusent parfois de fleurir.
Alors je regarde les coquelicots.
Eux savent quelque chose
que nous avons perdu :
la beauté fragile
de vivre peu de temps
et de s’ouvrir quand même.
Le jardin de mai
Le jardin sent la terre humide et le soleil tiède. Les pivoines gonflent lentement comme des secrets trop longtemps gardés. Les roses trémières se balancent derrière les clôtures, hautaines et magnifiques, tandis que les pâquerettes colonisent les pelouses avec l’obstination des rêves simples.
Au printemps, les fleurs ne demandent jamais si le monde va bien avant d’éclore. Elles poussent malgré les guerres, malgré les deuils, malgré les silences des maisons. Peut-être est-ce cela, leur leçon silencieuse : continuer à offrir de la beauté même lorsque tout paraît fragile.
Il y a quelque chose de bouleversant dans une glycine qui tombe le long d’un vieux mur. Comme si la nature elle-même écrivait des poèmes sans avoir besoin des hommes.
Balade d’Avril
Sous le ciel pâle du matin
S’éveille un petit chemin,
Et dans les herbes encore mouillées
Les fleurs commencent à danser.
Les tulipes ouvrent leurs bras
Au vent léger qui passe là,
Les violettes au bord des bois
Parlent doucement aux lilas.
Le printemps peint les paysages
Avec des parfums de voyage,
Et chaque pétale emporté
Semble un morceau d’éternité.
Le soleil dore les jardins,
Les abeilles suivent leur destin,
Et mon cœur, un peu moins lourd,
Refleurit lui aussi un jour.
Les fleurs sauvages
Les plus belles fleurs du printemps ne poussent pas dans les jardins bien taillés.
Elles naissent au bord des routes, entre les pierres, dans les terres oubliées.
Personne ne les arrose. Personne ne les protège. Pourtant elles survivent.
Les fleurs sauvages ressemblent aux êtres cabossés : elles ont connu le froid, les tempêtes, les saisons dures.
Et malgré cela, elles offrent leurs couleurs au monde sans rien demander en échange.
Le printemps n’est pas seulement une saison douce. C’est une victoire discrète contre l’hiver.
Chaque fleur ouverte est une preuve de résistance.
MERCI AUX 37 PARTICIPANTS, MêME SI VOUS N’êTES PAS DANS LE CLASSEMENT, J’AI ADORé LIRE VOS EXCELLENTS TRAVAUX SUR LE THEME : LES FLEURS DU PRINTEMPS



LISA, C'EST MOI !
Lisa est triste et secrète
Elle pleure seule dans le noir
Personne ne peut la voir
La pluie coule, ses yeux sont des fenêtres
Comme dans la chanson de Cat Stevens
Lisa est double, Lisa est trouble
Elle s’enfuie de ses rêves
Elle est forte mais frêle
Elle cache le bonheur dans un cri, s’oublie et se retrouve
Comme dans la chanson de Jeanne Mas
Lisa aime et n’aime pas
Dans ses yeux, tu y lisais ta vie autrefois
Tu existes un peu moins, semaine après mois
Sans ces yeux là , tu ne te vois pas
Comme dans la chanson de Goldman
Lisa rêve de partir, de vivre ailleurs
Tu peux imaginer le son de sa voix
Mais un jour c’est certain elle s’envolera
Elle regarde les oiseaux, s’accroche à leurs ailes
Comme dans la chanson de Francis Cabrel
Lisa veut la paix, faire ce qu’il lui plaît
Elle promet que tout ira bien demain
Il lui disait : « ne me promet pas, ne me promet rien »
Elle a un secret, elle croit que l’amour ne meurt jamais
Comme dans la chanson de Daniel Lavoie
Lisa s’égare, se fait du mal
Vole trop près du soleil, comme Icare
Lisa se fait du mal, elle ne s’aime pas
On l’observe mais on ne la voit pas
Comme dans la chanson de Dinaa
Lisa est triste, secrète, double et trouble.
Lisa aime et n’aime pas, rêve de partir de vivre ailleurs
Lisa veut la paix, faire ce qui lui plaît mais s’égare et se fait du mal
Lisa c’est moi, je suis toutes ces Lisa.