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Lisa Dumaine

AUTRICE DE L’OMBRE ET DE LA LUMIÈRE,
DES MOTS POUR DIRE CE QUE
LE COEUR NE PEUT TAIRE

Cachet de cire avec le logo de l'écrivain

ENTRE POESIE, EMOTION ET INTROSPECTION, J’ECRIS POUR EXPLORER CE QUE LES SILENCES NE DISENT PAS. CE SITE EST MON ESPACE D’EXPRESSION : SIMPLE, SINCERE, VIVANT

GALERIE

Photo noir et blanc Lisa livre sur la tête mains qui forment un cadre
Citation Guy de Maupassant sur l'écriture
Photo noir et blanc Lisa avec un livre sur la tête et qui fait chut
Lisa qui écrit en pleine nature
Citations Albert Camus et Luigi Pirandello sur la résilience et les relations
Photo noir et blanc Lisa qui porte une livre sur la tête et qui le tient
Lisa qui écrit et qui porte un pull rayé rouge et blanc
Citation Victor Hugo Deuil
photo noir et blanc Lisa qui porte un livre sur la tête et mains sous le menton
Lisa écrit et porte un pull rouge
Citation Stephen King sur les coeurs
Photo Lisa noir et blanc livre sur la tête mains sur les joues

REVUES

Mémoire de fille

Publié il y a dix ans, ce roman raconte la jeunesse, ou plutôt une période forte de la jeunesse de l’autrice, où la jeune Annie, en 1958, découvre le désir et l’envie, et devient le jouet des hommes alors qu’elle est monitrice dans une colonie de vacances dans la ville de S., dans l’Orne.


C’est un récit fort, parfois difficile, et très littéraire. L’autrice cherche à comprendre en écrivant. Elle a longtemps voulu oublier cette fille, sûrement par honte. Ne pas écrire sur, comme elle le dit : « (…) son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. » Mais elle n’a jamais pu y parvenir.


Elle appelle cette jeune fille « la fille de S. » ou « la fille de 58 », comme si elle la mettait à distance. Comme si elle n’avait jamais été elle. Ce projet d’écriture, elle le décrit comme étant viral, et comme je peux la comprendre.


Annie se cherche. Et cherche à comprendre en écrivant. Sa vie. Sa vérité. Avec une authenticité désarmante.


Ce roman n’est pas seulement un récit de jeunesse : c’est une tentative bouleversante de comprendre celle que l’on a été. En refermant ce livre, on a l’impression d’avoir rencontré un fantôme du passé : celui d’une jeune fille qu’Annie Ernaux n’a jamais vraiment cessé d’être.


C’est un magnifique récit.

« Le temps devant moi se raccourcit. Il y aura forcément un dernier livre, comme il y a un dernier amant, un dernier printemps, mais aucun signe pour le savoir. L'idée que je pourrais mourir sans avoir écrit sur celle que très tôt j'ai nommé la fille de 58» me hante. Un jour il n'y aura plus personne pour se souvenir. Ce qui a été vécu par cette fille, nulle autre, restera inexpliqué, vécu pour rien. »


« Sans doute est-elle dans une zone indécise, intermédiaire entre la croyance et l'in-croyance, délestée peu à peu de la légende mais attachée à la prière, aux rituels de la messe et des sacrements. »


« Souvent, je suis traversée par la pensée que je pourrais mourir à la fin de mon livre. Je ne sais pas ce que cela signifie, la peur de la parution ou un sentiment d'accomplissement. Ceux qui écrivent sans penser qu'ils pourraient mourir après, je ne les envie pas. »


« Exclue de la communauté des filles, celle du sang perdu régulièrement chaque mois, dont l'arrêt n'est pas imaginable en dehors d'un «mal-heur» ou d'une lointaine ménopause voisine de la mort - privée de cette visite mensuelle plus ou moins bienvenue, annoncée entre copines d'un «ma tante Rose est arrivée» ou «les Anglais ont débarqué», j'étais sortie du temps - sans âge. »


« Je pense « je suis seule et ils sont tous», comme le personnage du Sous-sol de Dostoïevski. On dirait qu'ils font bloc autour de lui, le Parrain, contre une entreprise dont ils ne savent rien, ligués contre la mémoire d'un temps où ils n'étaient pas ou qu'ils ont oublié, mais moi non. »


« Au fond, elle voudrait être restée une adolescente comme en témoigne une lettre à propos des filles de quatorze ans de la colonie: «Je les envie sincèrement. Elles ne savent pas qu'elles ont la meilleure part. C'est bête de ne pas savoir à quel moment on serait le plus heureux.» »


« J'ai commencé à faire de moi-même un être littéraire, quelqu'un qui vit les choses comme si elles devaient être écrites un jour. »


« Je ne suis pas culturelle, il n'y a qu'une chose qui compte pour moi, saisir la vie, le temps, comprendre et jouir.»

Est-ce la plus grande vérité de ce récit? »


« La sombre bibliothèque municipale me convient aussi. [...] il y a ce mot de Nietzche que je trouve si beau: Nous avons l'Art pour ne point mourir de la Vérité.» »


« C'est l'absence de sens de ce que l'on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d'écriture. »


« Déjà le souvenir de ce que j'ai écrit s'efface.

Je ne sais pas ce qu'est ce texte. Même ce que je poursuivais en écrivant le livre s'est dissous.

J'ai retrouvé dans mes papiers une sorte de note d'intention:

Explorer le gouffre entre l'effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l'étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé. »

Couverture du livre Mémoire de fille d’Annie Ernaux
Annie Ernaux

Lettre au père

La Lettre au père de Franz Kafka est un texte très dur.

Il s’agit d’une longue lettre dans laquelle le narrateur s’adresse à son père pour lui dire tout ce qu’il n’a jamais réussi à exprimer : son amour, son admiration, mais aussi sa peur, sa colère, son dégoût et sa souffrance. C’est une tentative d’expliquer une relation père-fils profondément compliquée et douloureuse.


Ce qui m’a dérangée dans cette lecture, c’est le fait que le narrateur cherche souvent à se justifier, comme si son père était responsable de tous ses maux. Le portrait qu’il dresse de lui n’est certes pas flatteur, mais j’ai eu le sentiment qu’il se remettait peu en question. En tant que lectrice, cela m’a parfois empêchée d’adhérer complètement à son point de vue. J’aurais aimé davantage de recul ou une réflexion plus équilibrée sur sa propre responsabilité dans cette relation difficile.

Cependant, il faut aussi garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’un récit objectif, mais de la vision d’un fils blessé qui tente de comprendre l’origine de sa souffrance. Kafka ne cherche pas forcément à dire la vérité absolue sur son père ; il exprime plutôt sa propre vérité, celle d’un homme qui s’est toujours senti écrasé par une figure paternelle qu’il percevait comme autoritaire et inaccessible. C’est ce qui rend ce texte à la fois touchant et dérangeant : on ressent sa détresse, tout en pouvant questionner sa façon d’interpréter les événements.


Cette lecture m’a également fait penser à certaines notions de psychanalyse, notamment à l’idée du fils qui doit symboliquement « tuer » son père pour s’émanciper et devenir lui-même. Même si je ne suis pas certaine de cette interprétation, j’ai eu l’impression que cette lettre représentait une forme de libération, une manière pour Kafka de dire enfin tout ce qu’il avait gardé en lui pendant des années.


Plus qu’une accusation, j’y ai vu une tentative désespérée de se faire comprendre par un père avec lequel le dialogue semblait impossible.


Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que ce texte ne laisse pas le lecteur complètement confortable. Il pousse à s’interroger : jusqu’où notre enfance et nos relations familiales façonnent-elles ce que nous devenons ? À partir de quel moment devons-nous prendre la responsabilité de nos propres blessures ? C’est sans doute ce questionnement qui m’a le plus marquée durant ma lecture.


Malgré la dureté du propos, c’est un livre court qui se lit très vite.

L’écriture de Kafka est remarquable : simple en apparence, mais profondément marquante.

On retrouve ce style particulier que j’avais déjà découvert dans La Métamorphose, avec cette capacité à explorer les tourments intérieurs, les sentiments de culpabilité et les relations humaines complexes.


J’ai donc trouvé cette lecture intéressante et forte sur le plan émotionnel, même si je suis restée réservée sur certains aspects du discours du narrateur.


Lettre au père est un texte intime, sincère et profondément humain, qui montre à quel point il est parfois difficile d’exprimer ce que l’on ressent à ceux que l’on aime.


C’est une œuvre qui ne laisse pas indifférent : elle peut susciter de l’empathie, de l’incompréhension ou même un certain malaise. Pour ma part, j’ai été touchée par la souffrance qui s’en dégage, tout en gardant un regard critique sur le fait que Kafka semble parfois attribuer à son père une responsabilité presque totale dans ses difficultés. C’est précisément cette ambiguïté qui rend cette lecture aussi intéressante et qui continue, encore aujourd’hui, à faire réfléchir ses lecteurs.

   « Ce que j'écrivais parlait de toi, je ne faisais qu'y pleurer ce que je ne pouvais pleurer sur ta poitrine. C'étaient des adieux que je te faisais en les prolongeant à dessein, sauf que, si c'était toi qui m'y avais contraint, ils se déroulaient dans la direction fixée par moi. Mais comme c'était peu, tout cela ! Il ne vaut en somme la peine d'en parler que parce que c'est arrivé dans ma vie, ailleurs ça n'aurait aucun intérêt, et puis encore parce que cela a dominé ma vie, dans l'enfance sous forme de pressentiment, plus tard sous forme d'espoir, encore plus tard souvent sous forme de déses-poir, et que cela m'a dicté — si l'on veut, mais de nouveau à travers ton personnage - mes quelques petites décisions.»

« Il n'est pas facile de juger ta réponse d'alors ; d'un côté elle est bel et bien d'une franchise renversante, archaïque en quelque sorte, d'un autre côté elle est néanmoins, pour ce qui est de la leçon elle-même, d'un sans-gêne très moderne. Je ne sais pas l'âge que j'avais alors, sûrement pas beaucoup plus de seize ans. Mais pour un tel garçon c'était tout de même une heures très curieuse réponse, et la distance entre nous se marque aussi par le fait que c'était la premi-et leçon générale de vie que je recevais directement de toi. »

« Ainsi s'achève ma vie jusqu'ici avec toi, et telles sont les perspectives qu'elle porte en elle pour l'avenir.»

« À cela je réponds que d'abord toute cette objection, qui en partie peut aussi se retourner contre toi, n'émane pas de toi, mais justement de moi. Car même ta méfiance envers autrui n'est pas aussi grande que ma méfiance envers moi-même, fruit de ton éducation.»

Couverture du livre Lettre au père de Franz Kafka
Franz Kafka

La place

J’ai terminé La Place d’Annie Ernaux et j’ai trouvé ce livre très beau. C’est écrit de manière très sobre, très simple, mais justement c’est ça qui le rend aussi fort.

J’ai beaucoup aimé la manière dont elle parle de son père, de leur relation, de leurs différences aussi. On sent énormément d’amour mais aussi des regrets, des choses qu’on comprend parfois trop tard. Ça m’a touchée parce qu’elle écrit sans en faire trop, sans chercher à rendre les choses plus dramatiques qu’elles ne le sont. Tout paraît vrai.

J’ai trouvé très fort aussi son besoin d’écrire après la mort de son père, comme si écrire était une façon de garder une trace de lui, de sa mémoire, de son existence. À travers des détails simples du quotidien, elle arrive à raconter quelque chose de très intime mais aussi d’universel. Je pense que beaucoup de personnes peuvent se reconnaître dans ce livre à travers leurs parents, leurs souvenirs ou leurs regrets.

C’est un livre discret mais qui reste longtemps dans la tête après l’avoir terminé.

« Larmes, silence et dignité, tel est le comportement qu'on doit avoir à la mort d'un proche, dans une vision distinguée du monde. »

« La veille de l'inhumation, on a fait cuire une pièce de veau pour le repas qui suivrait la cérémonie. Il aurait été indélicat de renvoyer le ventre vide les gens qui vous font l'honneur d'assister aux obsèques. »

« Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L'écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j'utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles. »

«Il y avait plus malheureux que nous. »

« Il ne buvait pas. Il cherchait à tenir sa place. Paraître plus commerçant qu'ou-vrier. Aux raffineries, il est passé contre-maître. »

« Naturellement, aucun bonheur d'écrire, dans cette entreprise où je me tiens au plus près des mots et des phrases enten-dus, les soulignant parfois par des ita-liques. Non pour indiquer un double sens au lecteur et lui offrir le plaisir d'une complicité, que je refuse sous toutes ses formes, nostalgie, pathétique ou dérision.

Simplement parce que ces mots et ces phrases disent les limites et la couleur du monde où vécut mon père, où j'ai vécu aussi. Et l'on n'y prenait jamais un mot pour un autre. »

« Mais à Y..., on regardait moins les manières des gros cultivateurs qui débarquaient au marché dans des Vedette, puis des DS, maintenant des CX. Le pire, c'était d'avoir les gestes et l'allure d'un paysan sans l'être. »

« Il aimait de plus en plus la vie. »

« La mémoire résiste. »

« Bientôt je n'aurai plus rien à écrire. Je voudrais retarder les dernières pages, qu'elles soient toujours devant moi. Mais il n'est même plus possible de revenir trop loin en arrière, de retoucher ou d'ajouter des faits, ni même de me demander où était le bonheur. »

Couverture du livre La place d’Annie Ernaux
Annie Ernaux

Le Joueur

Le Joueur n’est pas un roman sur le jeu.
C’est un roman sur la destruction.

Au début, j’ai eu du mal à entrer dedans. La première partie est plus lente, presque déroutante. On croit presque lire un roman social nerveux, fait de tensions sentimentales, de dialogues, d’humiliations et de questions d’argent… puis soudain, le jeu devient le centre de gravité de tout.

À partir de là, le livre change complètement de rythme psychologique. Tout bascule. Le jeu prend toute la place et le roman devient beaucoup plus intense.

J’ai toujours été fascinée par l’univers du casino, l’univers du jeu et de l’argent. Cette sensation étrange de pouvoir tout gagner ou tout perdre en quelques secondes. Le fait de partir, revenir, recommencer. Comme si l’on jouait parfois davantage avec sa vie qu’avec l’argent lui-même.

Pour mes 18 ans, je ne voulais pas aller en discothèque. J’ai voulu aller au casino. Et encore aujourd’hui, il m’arrive d’y aller simplement pour ressentir cette adrénaline si particulière. Cette montée de tension presque irréelle où le temps semble disparaître.

C’est sans doute pour cela que ce roman m’a autant marquée.

Ce qui m’a frappée, ce n’est pas seulement l’addiction à l’argent, mais l’addiction au vertige. Cette montée d’adrénaline qui finit par effacer le reste : les souvenirs, les rêves, les autres, la réalité elle-même.

Plus le personnage perd, plus il s’enfonce. Comme s’il disparaissait peu à peu derrière son obsession.

Fiodor Dostoïevski montre une chute brutale et profondément humaine : celle d’un homme qui ne sait plus vivre autrement que dans l’excès, l’attente et l’illusion de pouvoir tout récupérer au prochain tour. Le personnage ne joue même plus vraiment pour gagner. Il joue pour ressentir quelque chose : le danger, l’illusion de puissance, la possibilité du miracle immédiat.

Ce qui rend ce roman encore plus troublant, c’est que Dostoïevski lui-même était addict au jeu. Il fréquentait les casinos européens, perdait des sommes énormes et se retrouvait parfois dans des situations financières désespérées. On sent alors que ce livre n’est pas seulement une fiction : il ressemble presque à une confession psychologique.

Le plus marquant reste cette sensation de spirale mentale. Le jeu devient une obsession qui efface tout le reste. Il n’y a plus vraiment de futur, plus de stabilité, seulement l’instant présent et le besoin de rejouer encore.

Les casinos ont quelque chose de presque irréel : des lumières qui brillent pendant que les êtres humains s’effondrent lentement derrière elles. Et c’est exactement ce que Dostoïevski réussit à montrer dans ce roman.

C’est un livre sombre, nerveux et profondément humain sur l’addiction, l’illusion et l’autodestruction.

Et finalement, la plus grande perte n’est peut-être même pas l’argent.
C’est soi-même.

« Pourquoi le jeu serait-il moins bon qu'un autre moyen de gagner de l'argent, par exemple le commerce ? Ce qui est vrai, c'est qu'il n'y en a qu'un pour cent qui gagne. Mais moi, en quoi cela me regarde ? »

« Vous savez le plus incroyable ? Chaque jour, je vous aime de plus en plus, et c'est pourtant presque impossible.
Après cela, comment ne serais-je pas fataliste ? Vous vous souvenez, il y a deux jours, sur le Schlangenberg, je vous ai murmuré, quand vous m'avez défié : dites un seul mot, et je saute dans le vide. Si vous l'aviez dit, ce mot, j'aurais sauté tout de suite. Ou vous ne le croyez pas, que j'aurais sauté ? »

« Moi aussi, j'étais un joueur ; c'est ce que je sentis à cette minute précise. Tous mes membres tremblaient, j'avais la tête en feu. »

« Tout cela a fusé comme un rêve - même ma passion, et elle était pourtant si forte, si véritable... où donc est-elle passée maintenant ? Vraiment, maintenant, il s'en faut de peu que je ne me dise, comme dans un éclair : "Est-ce que je ne suis pas devenu fou à ce moment-là, peut-être suis-je resté tout le temps dans un asile, je ne sais pas, ou peut-être y suis-je encore maintenant, au point que tout cela n'a fait que me sembler et que, jusqu'à présent, il n'y a là que semblance...’ »

« Quelles monstrueuses moqueries du destin peuvent survenir ici ! »

« Oui, je me sentais poussé par le destin. »

« -Vous voyez. Partez à Paris, dès ce matin.
- Pourquoi ça ?
- Tous les Russes qui ont de l'argent vont à Paris, m'expliqua Mr. Astley d'une voix et d'un ton tels qu'on aurait cru qu'il venait de lire cela dans un livre.
- Mais qu'est-ce que je ferais, maintenant, en plein été, à Paris ? Je l'aime, mister Astley ! Vous le savez
- Croyez-vous ? Je suis sûr que non. En plus, si vous restez ici, vous ne pourrez que tout perdre, et vous n'aurez plus rien pour aller à Paris. Mais, adieu, je suis absolument sûr que vous partirez à Paris ce matin. »

« Il suffit que j'approche de la salle de jeu, à deux salles de distance, dès que j'entends s'entrechoquer les pièces qui circulent, c'est tout juste si je n'ai pas une attaque. »

« Oui, des instants pareils, tous les échecs sont oubliés! Car j'avais gagné cela en jouant plus que ma vie, j'avais eu le courage de risquer et voilà - je me retrouvais au nombre des humains! »

« Oui, malheureux que vous êtes, elle vous aimait, et je peux vous le dire maintenant, parce que vous êtes un homme perdu ! Bien plus, je vous dirai même qu'elle vous aime toujours - mais vous, vous resterez ici, n'importe comment. Oui, vous vous êtes perdu vous-même. Vous possédiez quelques capacités, une personnalité, vous n'étiez pas mauvais ; vous pouviez même vous rendre utile à votre patrie, qui a tellement besoin d'hommes, mais non - vous resterez ici, et votre vie est perdue. Je ne vous accuse pas. De mon point de vue, tous les Russes sont comme vous, ou ont tendance à l'être. Si ce n'est pas la roulette, c'est autre chose, qui lui ressemble. Les exceptions sont trop rares. Vous n'êtes pas le premier à ne pas comprendre ce que c'est que le travail (je ne parle pas de votre peuple). La roulette, c'est le jeu russe par excellence. Jusqu'à présent, vous êtes resté honnête, vous avez préféré servir comme domestique plutôt que voler... Mais je tremble de penser à ce qu'il peut en être à l'avenir. Assez, adieu! Vous avez besoin d'argent, à l'évidence. Tenez, voilà dix louis d'or, je ne vous donnerai pas plus, vous prenez donc de toute façon. Prenez, et adieu ! Mais prenez donc ! »

« Oui, c'est des mots, des mots, rien que des mots - ce qu'il faut, c'est des actes ! »

« Demain, demain, tout sera fini ! »

Couverture du livre Le Joueur de Dostoïevski
Dostoïevski

Le Petit Héros

Le Petit Héros m’a laissée avec cette sensation étrange de douceur et de mélancolie que seuls certains livres arrivent à provoquer.


On suit ce petit garçon qui ressent tout trop fort. Il veut être digne, courageux, presque “grand” au milieu de ces adultes qu’il admire autant qu’il ne les comprend pas. Et c’est impossible de ne pas s’attacher à lui. Dostoïevski écrit l’enfance avec énormément de sérieux et de tendresse. Rien n’est ridicule dans ce qu’il ressent. Chaque humiliation, chaque regard, chaque émotion devient immense.


J’ai beaucoup aimé l’atmosphère du récit. Tout semble flou, nostalgique, presque comme un souvenir d’été qui s’efface doucement.


En revanche, je n’ai pas réussi à réellement apprécier Mme M., Nathalie. Oui, elle est douce, belle, mystérieuse. Mais elle voit très bien le trouble et l’admiration du petit garçon. Et malgré cela, elle l’entraîne dans quelque chose qui le dépasse complètement. Sa relation cachée avec N. donne au récit une gêne discrète mais constante. J’ai eu l’impression qu’elle utilisait un peu cet enfant, même inconsciemment, parce qu’elle aime être regardée et aimée.


Et finalement, le personnage le plus noble reste ce petit héros lui-même. Lui au moins est sincère. Il aime avec innocence, maladresse et dignité dans un monde d’adultes déjà rempli de faux-semblants.


Un texte court, doux, profondément mélancolique, et bien plus cruel qu’il n’en a l’air.

« Tantôt, pour finir, il me semblait que j'avais caché quelque chose à tout le monde, mais que, pour rien au monde, et à personne, je n'en aurais parlé, parce que j'en avais honte, moi, un petit humain, jusqu'aux larmes. Très vite, au milieu du tourbillon qui m'entourait, je me sentis une espèce de solitude. »


« Celui qui souffre va vers elles, ferme et empli d'espoir, et ne craint pas de leur peser, parce que rares sont ceux qui parmi nous connaissent toutes les réserves d'amour, d'infinie patience, de compassion et de pardon que peut renfermer le cœur de certaines femmes. De vrais trésors de sympathie, de consolation, d'espérance reposent dans ces cœurs purs, si souvent, eux aussi, blessés, parce que le cœur qui aime profondément est capable d'une tristesse profonde, mais la blessure y est soigneusement enfouie loin des regards curieux, car le malheur profond est le plus souvent silencieux et secret. Elles, elles ne prendront pas peur ni devant la profondeur de la blessure, ni devant sa purulence, ni sa puanteur : celui qui vient vers elles est déjà digne d'elles; et elles, du reste, c'est comme si elles naissaient pour cet acte de foi... »


« La conclusion de tout cela est que mon héros n'est rien d'autre qu'une baudruche gigantesque, gonflée à bloc, pleine de sentences, de phrases à la mode et de toutes les sortes, de tous les genres de clichés. »


« Non, à l'époque, je ne comprenais pas tout cela de la façon dont je le pense aujourd'hui. Je ne pouvais que soupçonner, et pressentir, et souffrir de tout mon cœur pour le danger qu'elle courait, un danger dont je n'avais pas même entièrement conscience. »


« Jamais je n'oublierai cette minute ! »


« Ma première enfance venait de s'achever. »

Couverture du livre Le Petit Héros de Dostoïevski
Dostoïevski

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Shishi_974

Le Renard Vagabond des Saisons

Au cœur du bois joyeux où le soleil se pose,

Je cours, renard léger, au manteau de velours,

Je chante le retour de la douce lumière,

Et danse avec l’oiseau qui revient de l’amour.


Le printemps me réveille, il m’offre sa tendresse,

Les fleurs s’ouvrent pour moi, comme des cris de joie,

Je saute dans l’herbe, je joue avec les fleurs qui apparaissent,

Et mon cœur bat si fort qu’il fait trembler le bois.


L’été me fait rire, il m’offre ses lumières,

Je plonge dans les ruisseaux frais,

Je cours après les papillons, ces êtres de super,

Et je m’enivre du chant des grillons et de la forêt.


L’automne me sourit, il me donne ses couleurs,

Les feuilles sont des pièces d’or qui tombent à mes pieds,

Je joue avec le vent, je ne vois plus passer l’heure,

Et je ris aux éclats en me laissant porter par la jovialité.


L’hiver me fait danser sur la neige si blanche,

Je laisse mes traces joyeuses dans le grand silence,

Je suis le renard gai, qui jamais ne se penche,

Car chaque saison est un cadeau, une danse.


Je suis le vagabond, le roi de la gaieté,

Qui ne connaît que l’aise, le rire et la lumière,

Je suis le gardien du bois, l’éternelle guerrier,

Où chaque saison est un chant, une prière.


Alors je cours, je saute, je chante, je rigole,

Dans ce bois enchanté, où tout est merveilleux,

Je suis le renard du bonheur, de la joie qui est folle,

Et je souris au monde, de la terre jusqu’aux cieux.

2
Louve

Loup

Dans le silence des grands bois noirs,
Le loup avance, ombre du soir.
Ses yeux brillent comme deux étoiles,
Sous la lune qui se dévoile.


Libre et fier dans le vent froid,
Il porte la nuit au fond de sa voix.
Et dans son cri perdu au loin,
On entend le cœur du destin.


Il connaît les chemins sauvages,
Les hivers durs, les longs voyages.
Mais jamais il ne baisse les yeux,
Même quand le ciel devient orageux.


Solitaire au milieu du monde,
Son âme court, libre et profonde.
Et lorsque l’aube vient dormir,
Le loup continue de partir.

3
Anne B

L’animal de feu

On l’appelle parfois l’animal de feu.
Le renard traverse les champs comme une flamme dans la nuit. Son pelage roux brûle sous le soleil d’automne, et ses yeux malicieux semblent connaître tous les secrets du monde.

Silencieux, élégant, presque invisible, il avance avec la douceur du vent et l’intelligence des êtres sauvages. Le renard ne rugit pas, ne cherche pas à dominer. Il observe, il comprend, il survit.

Dans les forêts endormies, il est une étincelle vivante, un éclat de liberté. Entre mystère et poésie, le renard porte en lui quelque chose d’indomptable : le feu discret de ceux qui continuent d’avancer, même seuls, même dans l’obscurité.

4
Alain Charles

Le prince de l’océan

Il danse avec les vagues comme un roi sans couronne.
Le dauphin fend la mer avec grâce, libre entre le ciel et les profondeurs.

Son sourire semble cacher une sagesse ancienne,

celle des créatures qui connaissent les secrets de l’océan.

Quand il surgit hors de l’eau, le monde paraît plus léger.

Il joue avec les courants, accompagne les bateaux et suit parfois les hommes

comme s’il voulait leur rappeler que la liberté existe encore.

Le dauphin n’a ni trône ni royaume visible,

pourtant il règne sur l’immensité bleue.

Prince des mers, il porte dans chacun de ses mouvements une douceur rare,

une joie sauvage et lumineuse qui ressemble à l’espoir.

5
Adrien L.

Le roi de poussière d’or

Le lion marche lentement dans l’herbe brûlée.
Autour de lui, la savane retient son souffle.

Le soleil couchant accroche sa crinière comme un feu d’or,

et l’ombre immense de son corps glisse sur la terre rouge.

Ses yeux sont deux braises tranquilles.
Il n’a pas besoin de courir ni de rugir pour être roi.

Sa seule présence suffit à faire taire le vent,

à courber les hautes herbes sous le poids du silence.

Quand il relève la tête vers le ciel,

on dirait une statue vivante façonnée par la chaleur,

la poussière et le temps.

Et dans la lumière du soir, le lion devient presque irréel :

un morceau de soleil tombé sur la terre.

MERCI AUX 35 PARTICIPANTS, MêME SI VOUS N’êTES PAS DANS LE CLASSEMENT, J’AI ADORé LIRE VOS EXCELLENTS TRAVAUX SUR LE THEME :  JE SUIS UN ANIMAL

Lisa qui tient un ouvrage entre ses main
Lisa qui tient un ouvrage entre ses main
Lisa qui tient un ouvrage entre ses main

LISA, C'EST MOI !

Lisa est triste et secrète

Elle pleure seule dans le noir

Personne ne peut la voir

La pluie coule, ses yeux sont des fenêtres

Comme dans la chanson de Cat Stevens

Lisa est double, Lisa est trouble

Elle s’enfuie de ses rêves

Elle est forte mais frêle

Elle cache le bonheur dans un cri, s’oublie et se retrouve

Comme dans la chanson de Jeanne Mas

Lisa aime et n’aime pas

Dans ses yeux, tu y lisais ta vie autrefois

Tu existes un peu moins, semaine après mois

Sans ces yeux là , tu ne te vois pas

Comme dans la chanson de Goldman

Lisa rêve de partir, de vivre ailleurs

Tu peux imaginer le son de sa voix

Mais un jour c’est certain elle s’envolera

Elle regarde les oiseaux, s’accroche à leurs ailes

Comme dans la chanson de Francis Cabrel

Lisa veut la paix, faire ce qu’il lui plaît

Elle promet que tout ira bien demain

Il lui disait : « ne me promet pas, ne me promet rien »

Elle a un secret, elle croit que l’amour ne meurt jamais

Comme dans la chanson de Daniel Lavoie

Lisa s’égare, se fait du mal

Vole trop près du soleil, comme Icare

Lisa se fait du mal, elle ne s’aime pas

On l’observe mais on ne la voit pas

Comme dans la chanson de Dinaa

Lisa est triste, secrète, double et trouble.

Lisa aime et n’aime pas, rêve de partir de vivre ailleurs

Lisa veut la paix, faire ce qui lui plaît mais s’égare et se fait du mal

Lisa c’est moi, je suis toutes ces Lisa.