Lisa Dumaine
AUTRICE DE L’OMBRE ET DE LA LUMIÈRE,
DES MOTS POUR DIRE CE QUE
LE COEUR NE PEUT TAIRE

ENTRE POESIE, EMOTION ET INTROSPECTION, J’ECRIS POUR EXPLORER CE QUE LES SILENCES NE DISENT PAS. CE SITE EST MON ESPACE D’EXPRESSION : SIMPLE, SINCERE, VIVANT
GALERIE












REVUES
Lambeaux
Il arrive parfois qu’un livre s’impose à nous sans que nous l’ayons véritablement choisi. C’est exactement ce qui s’est passé avec Lambeaux de Charles Juliet.
Après avoir terminé Une femme gelée d’Annie Ernaux, j’avais disposé plusieurs livres sur ma table de chevet, hésitant sur celui qui accompagnerait mes prochaines soirées. Finalement, je n’en ai choisi aucun. Presque sur un coup de tête, je me suis tournée vers Lambeaux. Et quelle découverte !
Je connaissais les grandes lignes de ce récit autobiographique, notamment la place qu’y occupent les deux figures maternelles de l’auteur : sa mère biologique et sa mère adoptive. Pourtant, j’appréhendais cette lecture. En raison de ma propre histoire familiale et de mon rapport à la maternité, je craignais de ne pas parvenir à m’identifier aux sentiments évoqués, de rester extérieure à ces relations, de ne pas réussir à comprendre ou à ressentir pleinement ce que l’auteur cherchait à transmettre.
Je me trompais.
Dès les premières pages, j’ai été saisie par l’écriture de Charles Juliet. Une écriture sobre, délicate, profondément humaine, qui ne cherche jamais à en faire trop. Chaque mot semble pesé, chaque phrase porte une émotion contenue. J’ai été tellement emportée par ce texte que je l’ai lu presque d’une traite.
La première partie m’a particulièrement bouleversée. Charles Juliet y retrace le destin tragique de sa mère biologique, une femme confrontée à la solitude, aux contraintes de son époque, aux souffrances et à l’incompréhension. Il lui redonne une existence, une voix, une humanité que les circonstances semblent lui avoir progressivement retirées.
Mais ce qui m’a le plus frappée, au-delà de cette histoire, c’est le choix de la narration.
Charles Juliet utilise le pronom « tu ».
Ce procédé, dont je ne me souviens pas avoir rencontré un usage aussi marquant dans mes précédentes lectures, m’a profondément intéressée. L’auteur ne se contente pas de raconter la vie de sa mère : il s’adresse directement à elle. Il lui parle comme si elle pouvait encore l’entendre, comme si les mots étaient capables de franchir les frontières du temps et de l’absence.
Ce « tu » donne au récit une intimité bouleversante. Il transforme la narration en une conversation impossible, en une tentative de rapprochement avec celle qu’il n’a pas véritablement connue. Et nous, lecteurs, devenons les témoins silencieux de cette adresse.
La seconde partie est différente, tant dans son atmosphère que dans ce qu’elle raconte. Elle nous entraîne dans l’enfance et la construction de Charles Juliet, auprès de sa mère adoptive. On y découvre ses questionnements, ses fragilités, ses difficultés à trouver sa place et, progressivement, l’importance que prendra l’écriture dans son existence.
J’ai trouvé cette seconde partie tout aussi intéressante, particulièrement dans ses dernières pages. Après la douleur, les silences et les déchirements, quelque chose semble s’ouvrir. Non pas un bonheur éclatant qui viendrait effacer les souffrances, mais une possibilité de vivre, de comprendre, de se construire autrement.
Une note d’espoir.
C’est d’ailleurs ce que je retiens de cette lecture : une immense tristesse, mais aussi une profonde espérance.
Le titre lui-même, Lambeaux, me paraît admirablement choisi. Il évoque ces morceaux d’existence, ces fragments de mémoire, ces blessures et ces souvenirs à partir desquels un être humain tente de se construire. L’écriture devient alors une manière de rassembler ce qui a été dispersé, de donner une forme à l’absence, de faire exister ceux que la vie a emportés.
Ce livre m’a également rappelé combien la littérature possède cette capacité extraordinaire de nous toucher là où nous ne l’attendions pas. Il n’est pas nécessaire d’avoir vécu une histoire semblable pour en ressentir toute la portée. Nous pouvons être bouleversés par des sentiments que nous n’avons pas connus, par des relations qui ne ressemblent pas aux nôtres, par des vies éloignées de notre propre expérience.
Je redoutais de ne pas parvenir à entrer dans ce récit. J’en suis ressortie profondément émue.
Après la plume vive, incisive et parfois tranchante d’Annie Ernaux, j’ai découvert chez Charles Juliet une autre forme de puissance littéraire : celle de la retenue, de la simplicité et de la sensibilité. Deux écritures très différentes, mais qui ont en commun cette capacité à dire l’intime sans artifice.
Lambeaux est un livre sur les mères, certes, mais il est aussi, et peut-être surtout, un livre sur l’absence, la souffrance, la mémoire, la quête de soi et la nécessité d’écrire.
Un récit qui m’a bouleversée par sa douleur et touchée par son espoir. Un de ces livres que l’on referme en sachant qu’il nous accompagnera encore longtemps.
« Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumière. Dans l'âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l'épaule contre le manteau de la che-minée. A tes pieds, ce chien au regard vif et si souvent levé vers toi. Dehors, la neige et la brume. Le cauchemar des hivers. De leur nuit interminable. La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ, une vie autre, à l'infini des chemins. Ta morne existence dans ce village. Ta solitude. Ces secondes indéfiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable. Tes mots noués dans ta gorge. À chaque printemps, cet appel, cet élan, ta force enfin revenue.
La route neuve et qui brille. Ce point si souvent scruté où elle coupe l'horizon. Mais à quoi bon partir. Toute fuite est vaine et tu le sais. Les longues heures spa-creuses, toujours trop courtes, où tu vas et viens en toi, attentive, anxieuse, fouaillée par les questions qui alimentent ton incessant soliloque. Nul pour t'écouter, te comprendre, t'accompagner.(…) »
« Te ressusciter. Te recréer. Te dire au fil des ans et des hivers avec cette lumiere qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s'est déchirée. »
« Ton sérieux, ta maturité et ta soif d'apprendre l'avaient impressionné, et bien qu'il ne t'eût jamais rien dit de ce qu'il pensait de toi, tu sentais qu'il te voyait comme un petit phénomène et te tenait en particulière estime. Un jour, bien plus tard, alors que prise de nostalgie, tu revivais les heures avides et enchantées que tu avais connues là, dans cette petite salle de classe, à littéralement boire ses paroles, tu oses t'avouer que tu avais fini par le considérer comme un père. »
« Il explique encore que tu es remarquablement douée, et qu'il faut regretter que le lycée de cette ville ne puisse à la rentrée prochaine te compter parmi ses élèves. C'est alors que tu ne peux plus te cacher ce que jusque-là tu as obstinément refusé de voir: tu vas quitter l'école pour n'y jamais revenir. Pour ne plus jamais rencontrer celui dont tu as tant reçu. »
« Ne plus retourner à l'école. Ne plus revoir ton maître. Devoir renoncer aux cahiers et aux livres. Quand l'inspecteur a déploré que tu ne puisses entreprendre des études. L'entêtante odeur du foin dans la chaude et paisible nuit d'été. Pour la première fois, il te vient le désir de mourir. »
« Tu as le désir d'apprendre, de garder contact avec ce monde des livres dont tu te sens exclue. Comment pourrait-il ne pas accepter? Et aussi, lui dire que tu souffres. Il faut qu'il te vienne en aide. Qu'il trouve une solution. Apprendre.
Dans l'unique but de savoir parler. Connaître le plus possible de mots et savoir dire aux autres ce qu'on est, ce qu'on ressent, comment on voit les choses. Ces phrases qui s'écoulaient de ses lèvres. Simples, aisées, passionnantes. »
« Puis l'automne. Puis l'hiver. L'enfouissement sous la neige. Les lentes journées semblables. Le temps comme une inexorable agonie. Gagnée par le sommeil de la nature, tu doutes que la neige puisse un jour fondre, le printemps revenir, la vie réapparaître. »
« Tu interroges, scrutes, demeures longtemps dans une stupeur émer-veillée. Puis soudain, la foudroyante conscience que tu n'es rien. Qu'un être humain n'est rien.
Que ta vie n'a pas plus d'importance que ces brins d'herbe pris entre tes doigts. Grelottante, déprimée, tu regagnes ton lit quand le jour se lève, te demandant si l'on peut continuer de vivre quand on se trouve aux prises avec pareille révélation. »
« Sur un des cinq cahiers achetés au colporteur, tu recopies des proverbes, des sentences, ces paroles des prophètes qui t'ont touchée au vif et t'aident à entrer en un contact plus intime avec toi-même. »
« Ce monde que tu découvres en toi, il te pas-sionne. Tu aimes ces instants où tu es seule, n'as rien à faire et où tu t'absorbes en toi-même, écoutes le murmure de cette voix que tu entends toujours mieux. Elle te dit des choses qui te sur-prennent, te déconcertent, s'opposent parfois radicalement à ce que tu penses, mais tu sais qu'il te faut les accepter et essayer de les com-prendre. Cette voix inconnue, que veut-elle?
Qu'a-t-elle à t'apprendre? Où va-t-êlle te mener? »
« Pourquoi es-tu née ici? Dans cette famille? Quand vas-tu mourir? Pourquoi le père n'est-il jamais capable d'un mot gentil? Le destin te permettra-t-il de toujours veiller sur tes jeunes sœurs? Que te réservent les années qui vien-nent? Quel caractère aura l'homme qui deviendra ton époux? Parlera-t-il aussi peu que le père? Si Dieu existe, pourquoi permet-il qu'il y ait la solitude, la maladie, la mort? Est-il possible qu'il se préoccupe à chaque instant de chacun des humains qui peuplent la terre? Pourquoi tient-il à nous faire renaître après la mort s'il tolère que cette vie ne nous apporte le plus souvent que déceptions, tristesse, amertume? Et puisqu'il sait ce que son fils a enduré, pourquoi n'a-t-il pas pris des mesures pour faire en sorte que nous n'ayons jamais à souffrir? »
« La gravité de ton regard gêne, dérange, impressionne, et c'est elle qui pour une grande part creuse autour de toi cette solitude dans laquelle tu t'enfonces chaque jour un peu plus. »
« Les dix kilomètres qui séparent H. de ton village, tu les as parcourus en somnambule.
Lorsque tu as longé le tronc sur lequel vous restiez des heures épaule contre épaule, de ton bras replié, tu t'es caché le visage. Comme pour te protéger d'un feu. D'une menace. Pour ne pas voir le gouffre qui allait t'engloutir.
Le soir, quand vous vous retrouvez autour de la table pour le repas, ta grande sœur comprend tout. Elle ne sait pas la mort, mais elle comprend que tout est fini. »
« Fatigue... Epuisement... Épuisement qui te persuade que tu as tort de donner la vie, puisque toute existence est peur, solitude, souffrance, attente vaine, et pour finir enfouissement dans la fosse... »
« Tourments. Fissures. Le sentiment que la vie n'a qu'une seule face et qu'elle est sombre. »
« Simplement attendre. Endurer le temps. Te laisser laminer par le doute. »
« Le sentiment de ne rien valoir, de n'être rien, de n'avoir rien à espérer. Et mêlée à ce sentiment, la vague sensation qu'une plainte cherche à se faire entendre. Une plainte ou un cri, ou bien encore une toute simple parole qui dirait la fatigue, le non-sens d'avoir à subir une vie qui se refuse, la désespérance de celui que ronge la nostalgie du pays natal et qui sait ne pas pouvoir le retrouver. »
« Pardonne, ô mère, à l'enfant qui t'a poussée dans la tombe. »
« Pardonne, ô mère, à l'enfant qui t'a poussée dans la fosse . »
« Si ta mère n'avait pas sombré, qui aurais-tu été? Souvent tu t'es posé cette question. »
« Un jour, il te vient le désir d'entreprendre un récit où tu parlerais de tes deux mères l'esseulée et la vaillante l'étouffée et la valeureuse la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée.
Leurs destins ne se sont jamais croisés, mais l'une par le vide créé, l'autre par son inlassable présence, elles n'ont cessé de t'entourer, te protéger, te tenir dans l'orbe de leur douce lumière. »
« Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des
mots
ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance
ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir jamais été aimés ceux et celles qui crèvent de se mépriser et se
haïr
ceux et celles qui n'ont jamais pu parler parce qu'ils n'ont jamais été écoutés ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse »
« Cette sorte de sixième sens qui t'a dirigé tout au long de ta traversée de la forêt et t'a permis de trouver la lumière.
Ainsi le bilan que tu dressais était-il franchement positif, et tout prouvait qu'en maintes cir-constances, la vie n'avait jamais manqué de te prodiguer ses dons. »
« Et tu sais qu'en dépit des souffrances, des déceptions et des drames qu'elle charrie, tu sais maintenant de toutes les fibres de ton corps combien passionnante est la vie. »

La femme gelée
Il y a chez Annie Ernaux une manière de dire les choses qui me plaît particulièrement : une écriture vive, tranchante, sans détour. Dans Une femme gelée, elle prend une force particulière à mesure que l’on voit une femme s’éloigner de celle qu’elle rêvait de devenir.
Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est justement cette évolution. Ses rêves, ses envies, ses ambitions, les choix qu’elle fait et, peu à peu, la cage dans laquelle elle s’enferme.
Une cage qui ne se referme pas brutalement.
C’est peut-être ce qui la rend si effrayante.
Au départ, il y a une jeune femme qui veut apprendre, étudier, travailler, aimer, être libre. Elle ne semble pas destinée à reproduire le modèle traditionnel de la femme entièrement dévouée à son foyer. Elle imagine qu’elle pourra être amoureuse sans cesser d’être elle-même, se marier sans renoncer à sa liberté, devenir mère sans abandonner ses propres aspirations.
Et pourtant.
Peu à peu arrivent le couple, le mariage, les enfants, les repas à préparer, les courses, le ménage, l’organisation du quotidien. Des choses ordinaires, presque insignifiantes lorsqu’on les regarde séparément. Rien qui ressemble véritablement à une prison.
Mais la prison se construit justement ainsi.
Par accumulation. Par habitude. Par conventions.
Personne ne vient véritablement lui annoncer qu’elle doit abandonner une partie d’elle-même. Les rôles semblent simplement se mettre en place parce que c’est ainsi que les choses se font. Elle travaille, son mari aussi, mais la maison et tout ce qu’elle implique deviennent progressivement son territoire et donc sa responsabilité.
C’est là que le roman m’a semblé particulièrement juste : le mari n’est finalement qu’une partie du problème. La véritable cage est beaucoup plus grande que lui. Elle est faite d’éducation, de représentations, de normes sociales et de tout ce que l’on finit par accepter sans même savoir exactement à quel moment on l’a accepté.
La femme libre du début n’a pourtant pas disparu. Elle est toujours là.
Et c’est probablement ce que j’ai trouvé le plus douloureux dans ce livre. Elle continue à penser, à désirer, à observer sa propre existence. Elle voit l’écart qui se creuse entre la femme qu’elle imaginait devenir et celle qu’elle est devenue.
Elle n’est pas une femme sans rêves. Elle est une femme dont les rêves se sont progressivement figés. Une femme gelée. Le titre prend alors tout son sens.
À travers une histoire profondément intime, Annie Ernaux raconte finalement quelque chose de collectif : la condition féminine, le poids du couple et de la maternité, la répartition des rôles, mais surtout la manière dont les conventions peuvent s’installer dans une existence sans bruit.
C’est aussi ce que j’aime chez Annie Ernaux : cette capacité à raconter une vie particulière tout en donnant l’impression qu’elle raconte, derrière elle, la vie de milliers d’autres femmes.
Une femme gelée n’est pas un livre spectaculaire. Il n’en a pas besoin.
Sa violence est ailleurs.
Dans tout ce qui paraît normal.
« Des images de découverte et de liberté du temps d'avant, j'en ramasse comme je veux, ça ressemble à un film tourné en extérieur, des rues, des squares et des paysages de mer, ou dans des chambres. Ni cuisine ni salle à manger. Je suis couchée sur un lit. »
« Oui, je vivais de la même manière qu'un garçon de mon âge, étudiant qui se débrouille avec l'argent de l'État, l'aide modeste des parents, le baby-sitting et les enquêtes, va au cinéma, lit, danse, et bosse pour avoir ses examens, juge le mariage une idée bouffonne. Pareil, pas tout à fait. Je sais bien que je n'ai pas été le genre fille forte qui négocie habilement sa petite destinée. Toujours braque avec les hommes. »
« L'avenir, la vieillesse même ressemblaient à ce jour doré. Elle resplendissait d'une poésie lointaine, délicate, la petite phrase de Camus. Vieillir ensemble, comme une grâce qui fondait sur moi d'un seul coup, pas une once de pensée claire. »
« Mais je sentais que je ne serais jamais plus une fille du bord de mer, que je glisserais dans une autre image, celle de la jeune femme fourbisseuse et toujours souriante des publicités pour produits ménagers. D'une image à l'autre, c'est l'histoire d'un apprentissage où j'ai été refaite. »
« Il a besoin de croire que je suis aussi libre que lui, il ne supporterait pas l'image brutale d'une femme torchon. Et puis je résiste-rais. Abolir d'un seul coup l'espoir de l'enfance, avoir une profession, la visée parfois molle mais jamais étouffée de « faire quelque chose », je ne pourrais pas. »
« Obligée de penser que j'avais la meilleure part. On finit par ne plus comparer sa vie à celle qu'on avait voulue mais à celle des autres femmes. Jamais à celle des hommes, quelle idée. »
« Toute mon histoire de femme est celle d'un escalier qu'on descend en renâclant. »
« Elles ont fini sans que je m'en aperçoive, les années d'apprentissage. Après c'est l'habitude.
Une somme de petits bruits à l'intérieur, moulin à café, casseroles, prof discrète, femme de cadre vêtue Cacharel ou Rodier au-dehors. Une femme gelée. »
« On se fait peur, on s'affole, inouïes les capacités d'endurance d'une femme, ils appellent ça le cœur. »

Diotime et les lions
Diotime et les lions est un texte court, très court même, qui se lit presque d’une traite. Et pourtant, en peu de pages, Henry Bauchau parvient à nous emmener très loin.
C’est très bien écrit. L’écriture est belle, fluide, presque poétique par moments, sans jamais rendre la lecture difficile. On entre rapidement dans cet univers qui semble appartenir à un autre temps, à un autre monde. C’est dépaysant. J’ai eu l’impression de lire un conte lointain, transmis depuis des générations, avec ses rites, ses traditions et cette relation particulière entre les hommes et les lions.
Mais derrière le conte se cache évidemment autre chose.
Diotime grandit dans un monde régi par des traditions et des règles qui déterminent la place de chacun. Or, elle refuse simplement d’accepter celle qu’on lui a choisie. Elle veut participer, comprendre, éprouver elle-même ce qui lui est interdit. Et c’est sans doute ce que j’ai le plus aimé dans ce texte : derrière cette histoire presque mythologique se dessine un message beaucoup plus universel sur la liberté, la transgression, mais aussi sur la place des femmes et le désir de devenir pleinement soi-même.
Diotime ne cherche pas seulement à défier une interdiction. Elle cherche sa place.
Il y a aussi quelque chose de très beau dans la présence des lions. Ils ne sont jamais de simples animaux autour desquels se construit l’histoire. Ils deviennent presque des figures sacrées, à la fois fascinantes et inquiétantes, et participent à cette atmosphère étrange qui donne au récit toute sa force.
J’ai aimé ce contraste entre la simplicité apparente de l’histoire et tout ce qu’elle raconte derrière. On pourrait presque lire Diotime et les lions comme on lirait un conte lorsque l’on est enfant, puis le relire autrement et y voir toutes les questions qu’il soulève.
Une lecture courte, dépaysante et très bien écrite. Un conte venu de loin, en apparence simple, mais qui porte derrière lui un message fort sur la liberté, les traditions et la nécessité, parfois, de franchir les limites que les autres ont tracées pour nous.
« Il m'a saisie par le cou et juchée devant lui sur sa selle. Nous sommes partis au galop, entourés par ses gardes et ce qui n'était pour lui qu'une chasse après tant d'autres a été pour moi l'ivresse, l'invention de la vie. J'ai découvert alors la joie de la vitesse dans l'air brûlant et l'odeur des chevaux. Je n'ai retrouvé pareil plaisir qu'en haute mer, par grand vent, quand Arsès gouvernait le navire. »
« Ce n'était pas, m'a-t-il dit, l'esprit ni le cœur qui s'exprimaient dans mon désir, mais le sang. Et le sang est mouvement, mouvement de la vie elle-même qui ne peut s'arrêter qu'à la mort. »
« Tout à coup j'ai su, une danse très lente s'est emparée de moi et elle était comme un chant.
Un voile rouge et obscur s'est étendu sur mes yeux, je suis devenue sourde et j'ai été pénétrée par l'odeur du lion et par le goût de son sang sur mes lèvres. »
« Le sang du lion, mêlé au mien, me faisait entrer dans une dimension où il n'y avait plus de passé, plus de futur ni aucune séparation entre le fauve et moi, car la barrière de la mort était abolie. »
« C'est au soleil levant que nous avons enterré ses cendres, près de celles de l'Enfant et de l'Ancêtre. Aucun signe ne marque l'endroit où elles sont ensevelies. Ce lieu, avec les rochers et l'espace brûlant qui l'entourent, est demeuré sacré. Si des lions et des hommes s'y rencon-trent, aucun n'attaque et nul ne fuit. »

Le seul gouffre du monde
Second roman de Guillaume Huon, paru le 19 août 2026, Le seul gouffre du monde est resté longtemps avec moi une fois ma lecture terminée.
L’histoire se déroule en Californie, où la nature est très présente. Je pense qu’on peut même dire qu’elle est un personnage à elle seule. Mais des feux l’ont ravagée. Elle est blessée et sa blessure est profonde… un peu comme les personnages de ce roman.
C’est dans ce décor qu’une famille décide de venir pique-niquer. C’est alors que l’un de leurs deux fils prétend voir une femme que personne d’autre ne voit et qui aurait disparu depuis un an. À partir de cet instant, les différents personnages que nous allons rencontrer auront tous un lien avec des personnes disparues de manière inexpliquée. Le personnage le plus présent et le plus marquant est, je pense, Jonah, le psychologue qui passe ses journées à accompagner les proches des victimes, tout en vivant lui-même un deuil incomplet, ayant perdu l’un de ses proches deux ans auparavant. Mais j’ai été particulièrement touchée par Walter, le shérif du comté chargé de la disparition de Bethany, la femme vue par le petit garçon et dont la sœur, Victoria, s’accroche encore à l’espoir de la retrouver.
La lecture est immersive, sensible et très délicate. Le cœur du roman n’est pas tant l’enquête — ou les enquêtes autour des différentes personnes disparues — que la manière dont les proches vivent avec ce deuil qui n’en est pas tout à fait un. L’attente et l’absence y sont constantes. La douleur également.
Le roman explore d’ailleurs le vide et les voies sans issue, pouvant parfois créer de la frustration chez le lecteur. J’ai moi-même ressenti cette frustration, ce manque et cette envie de comprendre, de résoudre le mystère après avoir lu la dernière ligne. Mais je crois que c’est justement le cœur de ce livre : ressentir, d’une certaine manière et à un degré différent, l’absence, le manque et le vide, comme peuvent les ressentir les personnages de ce roman, qui, eux-mêmes, disparaissent parfois des pages sans aucune conclusion, sans aucune véritable fin.
Il m’a fallu plusieurs jours pour me remettre de la fin du livre. Plusieurs jours pour accepter cette fin. Plusieurs jours pour comprendre que le cœur de ce livre est l’émotion, qui sert de manière magistrale le sujet du roman.
J’avais beaucoup apprécié le premier roman de Guillaume Huon, Le Gardien sans sommeil, où la nature — l’hiver, cette fois — joue également un rôle important. Peut-on d’ailleurs y voir un lien entre les éléments et les saisons ? Là encore, l’enquête finit par devenir secondaire. Mais son second roman, lui, m’a bouleversée émotionnellement.
Et peut-être est-ce finalement ce que je retiendrai du Seul gouffre du monde : certains personnages disparaissent de ses pages, mais le vide qu’ils y laissent, lui, accompagne encore le lecteur longtemps après avoir refermé le livre.
PS : J’ai aussi souri devant le clin d’œil à Richard Kiel, l’inoubliable Requin de James Bond, qui m’a rappelé quelques souvenirs d’enfance.
« Savoir était une bonne chose. C'était une libération. »
« Elle avait réfléchi toute seule, pour l'incendie ; peut-être fallait-il désigner les fléaux.
Pour les maudire. Peut-être voulait-on au moins leur infliger ça, puisqu'ils écrasaient tout. »
« C'était comme si le monde et les gens étaient un assemblage d'empreintes, une écriture qu'il savait lire, et dont il avait besoin, parce qu'elle racontait la vérité. »
« — Je crois surtout qu'il suffit de creuser assez profond. On trouve toujours. »
« Il n'y avait que trois sortes de disparus : ceux qui vous étaient ramenés par la bonne personne, ceux qui vous étaient arrachés par la mauvaise, et ceux qui ne vous laissaient rien, ni soupçon ni espoir, comme si la terre les avait avalés sans raison. »
« Était-ce une feinte du temps, pensa-t-il, ou de l'amour, que de vous faire croire que vous saviez lire si facilement en certaines personnes? »
« À un moment de sa vie, il avait aussi soupçonné que le temps était une charade qui évoluait avec vous. C'était une bonne image »
« Que les disparus allaient quelque part d'où ils nous appelaient, et que nous ne pouvions rien pour eux.
Que la nuit était une mort à repousser. Il l'avait toujours su. »
« Où est la faille où vont les nôtres ? Je ne dors plus vraiment. Ce que je fais ici est à peine un métier. Je n'arrive plus à exercer celui d'avant. Et je ne sais rien. Mais je ne peux pas vous le dire. »
« C'était attendre une chose terrible et si lointaine qu'elle venait d'un autre monde, et qui arriverait pourtant, et changeait déjà le silence. »
« Une foule abandonnée. Et lui seul pour les voir. »
« Les mots, qu'il lui fallait prononcer à haute voix parfois, les mots qui avaient leur propre exigence, leur politesse absurde, bonsoir, papa, leur requête et leur aveu, tu me manques, ou leur colère dont il avait honte, tu m'as abandonné. Et la question sans fin, de ce soir-là comme des autres : où es-tu ? »

La douleur
Je viens de finir La Douleur de Marguerite Duras et je trouve son écriture très dure. Intense. Forte.
C’est un recueil de plusieurs textes, six récits et nouvelles, tous liés à cette période de la Seconde Guerre mondiale.
La Douleur, qui donne son titre au livre, nous raconte l’attente d’une femme qui attend le retour de son mari, déporté pendant la guerre. Une attente obsessionnelle. Une attente douloureuse. Puis vient le retour des camps. François Mitterrand, alors résistant sous le nom de « Morland », participe à son rapatriement. Mais le retour ne signifie pas vraiment la fin de l’horreur.
Les autres récits, écrits autour de cette même époque, sont tout aussi bruts. Résistance, colère, vengeance, rage, violence… Duras ne cherche pas à adoucir les choses. Elle nous met face à l’horreur, parfois presque sans filtre.
Certains textes ont eu plus de mal à m’accrocher que d’autres. Mais l’ensemble reste très fort. Il faut du temps pour digérer et assimiler les mots, les situations et surtout l’horreur racontée.
Et puis il y a le dernier texte.
Une jeune fille juive. Une vieille dame. Une rose.
Après toute cette violence, cette petite histoire apporte quelque chose de différent. Une forme de douceur, presque inattendue.
De la douceur dans l’horreur.
C’est peut-être cette image qui me restera le plus.
« La douleur est telle, elle étouffe, elle n'a plus d'air. La douleur a besoin de place. Il y a beaucoup trop de monde dans les rues, je voudrais avancer dans une grande plaine, seule. Juste avant de mourir, il a dû dire mon nom. »
« Je suis donc seule. Pourquoi économiser de la force dans mon cas. Aucune lutte ne m'est proposée. Celle que je mène, personne ne peut la connaître. »
« Tout à coup la liberté est amère. Je viens de connaître la perte totale de l'espoir et le vide qui s'ensuit : on ne se souvient pas, ça ne fait pas de mémoire. Je crois éprouver un léger regret d'avoir raté de mourir vivante. Mais je continue à marcher, je passe de la chaussée au trottoir, et puis je reviens à la chaussée, je marche, mes pieds marchent. »
« Je me souviens tout à coup d'une chose qu'on m'a dite sur la peur. Que sous les rafales de mitraillettes on perçoit l'existence de la peau de son corps. Un sixième sens qui se fait jour. Je suis ivre. Il s'en faut de très peu pour que je lui dise qu'on va l'abattre. D'un verre de vin, peut-être seulement. Une facilité à vivre m'habite tout à coup, comme lorsque l'on plonge dans la mer en été. Tout devient possible. Pour ne pas le trom-per, lui, le donneur. Lui dire ça, qu'on va l'abattre, Dans une rue du sixième arrondisse-ment. Peut-être est-ce simplement la perspective de la réprimande par D. qui me fait éviter de le renseigner. »
« Aujourd'hui, qu'est-ce que c'est?
Qu'est-ce que ça sera? Bientôt elle sera rue Réau-mur, au journal, à faire son métier. On croit que ce sont des choses extraordinaires. C'est comme le reste. Comme le reste, ça vous arrive. Ensuite ça vous est arrivé. Ça pourrait arriver à n'importe qui. »
« Il faut frapper. Il n'y aura plus jamais de justice dans le monde si on n'est pas soi-même la justice en ce moment-ci. »
« Elle est petite. Elle n'a envie de rien. Elle est calme, et sent une colère calme lui dicter de crier avec calme les paroles de la nécessité puissante comme un élément. Elle est la justice comme il n'y en a pas eu depuis cent cinquante ans sur ce sol. »
« L'étranger n'a pas bougé.
Il est toujours assis tête baissée vers le sol, mains jointes, les bras posés sur les genoux.
Il occupe maintenant le chemin à lui seul. À lui seul ce désert, ce chemin.
C'est quand il le regarde de loin, par la fenêtre de la baraque, qu'il vient à l'idée de l'enfant que peut-être l'étranger est mort, mort d'une mort miraculeuse, sans apparence d'événement, sans forme de mort. »
« Aujourd'hui, derrière les vitres, il y avait la forêt et le vent était arrivé.
Les roses sont mortes dans cet autre pays du Nord, rose par rose, emportées par l'hiver.
Il fait nuit. Maintenant je ne vois plus les mots tracés. Je ne vois plus rien que ma main immobile qui a cessé de vous écrire. Mais sous la vitre de la fenêtre le ciel est encore bleu. Le bleu des yeux d'Aurélia aurait été plus sombre, vous voyez, surtout le soir, alors il aurait perdu sa couleur pour devenir obscurité limpide et sans fond.
Je m'appelle Aurélia Steiner.
J'habite Paris où mes parents sont professeurs.
J'ai dix-huit ans.
J'écris. »

ENVIE D'ECRIRE ? CE CLUB EST FAIT POUR TOI. ENVOIE TON TEXTE, ET CHAQUE MOIS, JE CHOISIRAI CINQ TEXTES À PUBLIER ICI-MEME.
LISA DUMAINE •
LE CLUB D'ÉCRITURE •
Thème en cours
UN ÉTÉ INDIEN
Ce soir-là
Ce soir-là, j’ai rencontré une femme à la belle âme
Cette dame a vécu tant de drame.
Cette dame a rallumer plusieurs fois seule sa flamme
Elle a souvent envier ces mesdames
Elle a même pensé à partir au Vietnam
Ou a Amsterdam
Elle a eu tant d’état d’âme
Qu’elle en a verser des larmes
Cette noble dame a toujours était calme
Même quand dans sa tête régnait le vacarme
Jamais rien elle ne réclame
Pourtant, on lui a toujours brisé l’âme
La lumière des autres
Il est des êtres qui traversent
Nos jours sans faire beaucoup de bruit,
Et dont la bonté nous renverse
Comme une lampe dans la nuit.
Ils n’ont ni couronne ni gloire,
Ni grands discours à raconter,
Seulement, au fond du regard,
Cette façon de nous aimer.
Ils savent les peines muettes,
Les chagrins cachés sous les fleurs,
Et déposent, presque en cachette,
Un peu de baume sur les cœurs.
On les oublie parfois, peut-être,
Tant ils demandent peu pour eux.
Mais ceux qui ont su les connaître
Gardent leur lumière dans les yeux.
Car une belle âme ne brille
Ni pour séduire, ni pour plaire :
Elle éclaire, douce et tranquille,
Sans même savoir qu’elle éclaire.
Ce qu’elle laisse
Une belle âme
ne laisse pas
son nom partout.
Elle laisse
une chaise rapprochée,
un silence respecté,
une main
qu’on n’a pas retirée.
Elle laisse parfois
si peu de choses
qu’on ne comprend
leur importance
qu’après son départ.
Les gens qui réparent
Il y a des gens qui réparent sans le savoir.
Ils entrent dans une pièce et quelque chose s’apaise. Ils ne guérissent rien, ils ne promettent rien. Ils sont simplement là, avec leur voix ordinaire, leurs gestes imparfaits, leur manière de demander : « Ça va ? » et d’attendre vraiment la réponse.
Ils ne cherchent pas toujours les bons mots. Parfois même, ils n’en trouvent aucun.
Alors ils restent.
C’est peut-être cela, une belle âme : quelqu’un qui reste lorsque le chagrin n’a plus rien d’intéressant à raconter. Quelqu’un qui ne détourne pas les yeux devant nos morceaux cassés.
Quelqu’un qui ne nous répare pas vraiment,
mais auprès de qui
nous recommençons doucement
à croire que nous pouvons le faire nous-mêmes.
Inventaire d’une belle âme
Une porte tenue
pour celui qui marche derrière.
Un prénom retenu.
Deux cafés préparés
alors qu’un seul était demandé.
Un message :
Tu es bien rentrée ?
Un chien caressé dans la rue.
Une vieille dame écoutée
jusqu’au bout de son histoire.
Des excuses
quand l’orgueil aurait préféré se taire.
Une place laissée
à table,
dans une conversation,
dans une vie.
Quelques blessures
que personne ne soupçonne.
Et malgré elles,
cette étrange décision
prise chaque matin :
ne pas rendre au monde
tout le mal
qu’il nous a fait.
Peut-être qu’une belle âme,
finalement,
ce n’est rien de spectaculaire.
C’est quelqu’un
qui aurait mille raisons
de devenir dur
et qui choisit encore
la douceur.
MERCI AUX 18 PARTICIPANTS, MêME SI VOUS N’êTES PAS DANS LE CLASSEMENT, J’AI ADORé LIRE VOS EXCELLENTS TRAVAUX SUR LE THEME : UNE BELLE ÂME



LISA, C'EST MOI !
Lisa est triste et secrète
Elle pleure seule dans le noir
Personne ne peut la voir
La pluie coule, ses yeux sont des fenêtres
Comme dans la chanson de Cat Stevens
Lisa est double, Lisa est trouble
Elle s’enfuit de ses rêves
Elle est forte mais frêle
Elle cache le bonheur dans un cri, s’oublie et se retrouve
Comme dans la chanson de Jeanne Mas
Lisa aime et n’aime pas
Dans ses yeux, tu y lisais ta vie autrefois
Tu existes un peu moins, semaine après mois
Sans ces yeux-là , tu ne te vois pas
Comme dans la chanson de Goldman
Lisa rêve de partir, de vivre ailleurs
Tu peux imaginer le son de sa voix
Mais un jour c’est certain elle s’envolera
,Elle regarde les oiseaux, s’accroche à leurs ailes
Comme dans la chanson de Francis Cabrel
Lisa veut la paix, faire ce qu’il lui plaît
Elle promet que tout ira bien demain
Il lui disait : « ne me promet pas, ne me promet rien »
Elle a un secret, elle croit que l’amour ne meurt jamais
Comme dans la chanson de Daniel Lavoie
Lisa s’égare, se fait du mal
Vole trop près du soleil, comme Icare
Lisa se fait du mal, elle ne s’aime pas
On l’observe mais on ne la voit pas
Comme dans la chanson de Dinaa
Lisa est triste, secrète, double et trouble.
Lisa aime et n’aime pas, rêve de partir, de vivre ailleurs
Lisa veut la paix, faire ce qui lui plaît mais s’égare et se fait du mal
Lisa c’est moi, je suis toutes ces Lisa.